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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Dans son ouvrage « Les charlatans de la santé [1]», Jean-Marie Abgrall écrit en introduction :

« Après la publication de mon essai précédent, « La mécanique des sectes », paru chez le même éditeur en 1996, j'ai reçu une avalanche de lettres qui me demandaient de répondre à telle ou telle interrogation ou d'éclairer telle ou telle facette d'une quête personnelle – qui « tournait mal » et conduisait à une secte – mais qui m'apportait aussi de multiples informations sur les aspects du phénomène sectaire en France et en Europe.

Au fil des dossiers, reçus de France et de l'étranger, force m'a été de constater que l'une des passerelles principales utilisées par les sectes, un de leurs meilleurs arguments de vente et de recrutement, étaient les patamédecines[2] ».

Chaque année, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) publie un rapport concernant les sectes dans lequel les pseudo-médecines prenne de plus en plus d'importance.

Le texte suivant est un extrait du rapport de 2005 de la MIVILUDES qui concerne plus particulièrement les dérives observées dans le domaine de la santé.



[1] « Les Charlatans de la santé », Jean-Marie Abgrall, Payot, 1998.

[2] Ce terme est tiré de la célèbre expression d'Alfred Jarry : « pataphysique », la science des solutions imaginaires.


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1-2 RISQUES INDUITS PAR LES PRATIQUES DE SOINS ET DE GUERISON DES GROUPES A CARACTERES SECTAIRES

Profitant de l’attirance grandissante du public pour les thérapies alternatives et les médecines douces, les groupes les plus divers investissent, depuis plusieurs décennies mais plus encore aujourd’hui dans des proportions inquiétantes, le domaine de la santé et du bien-être par une multitude d’offres de soins et d’accompagnement au développement personnel, assorties de promesses de guérison et de vie harmonieuse ici-bas et même au-delà.

Ce succès génère des risques divers, depuis l’escroquerie pure et simple jusqu’à la dérive « thérapeutique », voire sectaire au sens des critères retenus par les pouvoirs publics et dans les rapports parlementaires pour caractériser la situation des victimes. Il est le corollaire d’aspirations profondes de nos contemporains dans leur volonté absolue à gérer le mal être des temps modernes, à résoudre des pathologies lourdes et mortelles, à dénier le handicap en s’affranchissant des limites des savoirs et des pratiques scientifiques au premier rang desquelles figure la médecine traditionnelle ou allopathique, encore désignée sous le vocable « d’officielle » et dont les caractéristiques sont d’une part l’évaluation scientifique des pratiques et d’autre part la prise en charge financière, en totalité ou en partie, par les caisses d’assurance maladie.

Ce phénomène se développe dans un contexte marqué, comme le soulignait déjà le rapport 2004 de la MIVILUDES, par la banalisation de l’ésotérisme et de l’occultisme, consacrant le grand retour de la pensée magique.

De dimension internationale, il est l’objet d’un rapport de la Commission des questions sociales, de la santé et de la famille du Conseil de l’Europe, intitulé « Une approche européenne des médecines non conventionnelles » qui au moment de sa publication en juin 1999, décrivait le phénomène dans les termes suivants :

-« Les médecines alternatives sont devenues à présent de véritables industries. Dès lors, des abus et des dérives sont possibles, certains étant toujours tentés, par goût du pouvoir ou esprit de lucre, d’utiliser ces médecines à des fins détournées. Il existe donc des risques certains de voir ces médecines exploitées par des charlatans, des groupes sectaires etc…, tous voyant en elles un profit immédiat.

-Pour les sectes, la santé est un thème porteur : elles s ’en servent pour attirer de nouveaux adeptes, et sont tentées d’utiliser ces médecines parallèles pour couper les adeptes du monde médical extérieur à la secte. Dans la mesure où elles prônent l’inutilité de la médecine traditionnelle et la nécessité d’arrêter tout traitement, y compris dans le cas de maladies graves comme le cancer et le SIDA, les dangers sont considérables pour les individus. Les médias se sont faits l’écho de plusieurs cas d’adeptes atteints de cancer et décédés après avoir abandonné toute thérapie. »

Si le phénomène n’est pas nouveau, les constats qui s’y attachent, faits à la fois par la MIVILUDES et par ses partenaires institutionnels et associatifs, attestent de son évolution préoccupante. Ses contours multiples et changeants caractérisent une offre pléthorique marquée par l’atomisation des prestations, la création aux côtés de groupes traditionnels, de réseaux de thérapeutes dont certains sont franchisés, la diffusion de pratiques allant de l’acceptable au pire, la délivrance de formations diplômantes dénuées de reconnaissance officielle et enfin le recours à des modalités commerciales performantes.

La recherche d’une prévention des risques induits ainsi que les enseignements déjà tirés des dérives sanctionnées par le juge ont conduit la MIVILUDES à porter de manière prioritaire ses efforts sur cet axe de travail au cours de l’année 2005.

I – La dimension guérisseuse de plus en plus présente dans la société française

L’illustration de ce phénomène est mise en lumière par les observations collectées auprès des associations de terrain et des acteurs de la vigilance institutionnelle.

A - Les associations de terrain

1 - Association Nationale de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNADFI) et son antenne parisienne (ADFI - PARIS)

De statut à but non lucratif, les associations de défense des famille et de l’individu (ADFI) regroupées en Union nationale (UNADFI) étudient, y compris dans leur dimension internationale, « les principes directeurs d’organisations présentant des risques de dérives à caractère sectaire, informent et préviennent, enfin conseillent et aident les familles désorientées et les adeptes sortant de groupes ». Les bilans annuels d’activités confirment à cet égard, dans la société française, la multiplication d’offres à visée curative et de développement personnel. Lors d’échanges accordés en 2005 aux médias, Mme Catherine Picard, présidente de l’UNADFI, indiquait que l’ensemble des vingt-six antennes locales signalait la progression du nombre de ces groupes, multipliés par deux et demi environ en quinze ans. La moitié des questionnements et inquiétudes exprimés par les appelants, généralement pour un de leurs proches, pointent des groupes de type thérapeutique, des méthodes de santé alternatives, et lorsqu’il s’agit de mouvements dont la vocation première n’est pas de proposer des prestations de santé, des communautés connues pour poser en dogme le refus de soins ou pour organiser des campagnes d’opposition active à certaines disciplines de la médecine traditionnelle.

Les autres données prises en compte émanent de l’ADFI Paris et concernent principalement la région Ile-de-France. La moitié de cette activité concerne le champ des pratiques curatives. Sont plus particulièrement dénoncées les psychothérapies et les médecines du mieux être à dimension holistique comme le reiki, la kinésiologie, la mouvance des faux souvenirs, certains mouvements orientalistes tels le Mahikari mais également des méthodes émergentes comme la psychophanie, l’hygiénisme et la mouvance de médecines énergétiques. Les appelants dénoncent dans des proportions non négligeables, et au-delà d’une simple inquiétude pour un proche, des changements radicaux de comportement manifestés par des revendications d’indépendance familiale, matérielle et professionnelle et parfois la rupture totale avec l’environnement immédiat.

L’adhésion d’un conjoint au reiki[1] ne serait pas étrangère à des décisions de divorce ou à des séparations.

2 - Groupe d’étude des mouvements de pensée pour la protection de l’individu (GEMPPI) en région Provence-Alpes - Côte d ’Azur (PACA)

Les données fournies par le GEMPPI corroborent en particulier pour le département des Bouches-du-Rhône et la ville de Marseille, les tendances identifiées précédemment au travers des activités de l’UNADFI avec une progression sensible entre 2003 et 2005.

Organisateur en 2005 d’un colloque national sur le thème « Le refus de soins pour cause idéologique », le GEMPPI s’oriente sur les questions de santé et il est, à ce titre, de plus en plus consulté par des particuliers. La moitié des interrogations comptabilisées en 2005 concernent des enseignements et des pratiques présentant un risque pour la santé, réparties sur une trentaine de groupes ou de méthodes parmi lesquels figurent par ordre décroissant le reiki, la kinésiologie, la psychogénéalogie, EMF Balancing/Kryeon, le chamanisme, la communication facilitée ou la psychophanie, le zen macrobiotique, FMS syndrome des faux souvenirs, la scientologie, la méthode Hamer, l’anthroposophie, Mahikari,

3 - Le Centre de documentation, d’éducation et d’action contre les manipulations mentales (CCMM)

Le témoignage de terrain qui suit émane d’un médecin responsable de l’unité des soins palliatifs au Centre hospitalier régional et universitaire de Besançon. Au-delà de ses fonctions hospitalières et en sa qualité de membre régional du CCMM, ce médecin a lancé, au sein du comité d’éthique de son établissement, une réflexion sur les dérives sectaires dans le champ de la santé :

« Les situations les plus fréquentes pour lesquelles je suis interpellé, constate l’intéressé, concernent des malades atteints de pathologies graves, potentiellement mortelles (cancer, sida, maladies neurologiques évolutives…) ou des maladies très évoluées. Les méthodes alternatives les plus fréquemment rencontrées sont les méthodes excluant les approches médicales prouvées et des méthodes se présentant à l’origine comme « médecines douces » mais évoluant vers une pratique exclusive et excluante (méthodes Simonton, Beljanski…) ».

Ce praticien signale également les sollicitations régulières dont le personnel hospitalier est l’objet, pour des formations accélérées à des techniques psychothérapeutiques ou guérisseuses étrangères, en tout état de cause, aux techniques médicales des établissements de santé ainsi que l’appartenance de bénévoles accompagnants et visiteurs de malades à des courants néo ou pseudo­religieux dont les convictions, dès lors qu’elles sont mises en œuvre à ce titre, perturbent l’organisation des soins et peuvent générer des dérives en l’absence de vigilance des soignants.

B - Les acteurs de la vigilance institutionnelle

1 La Police nationale

La Police nationale constatait, dès 2001, la vitalité du marché des thérapies alternatives par le recensement de quelque quatre-vingt méthodes dont plusieurs présentaient une dangerosité au regard des critères d’identification du risque de dérive. Elle relevait aussi à l’époque, une trentaine de procédures judiciaires concernant certains groupes ou praticiens pour exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie.

Quatre ans plus tard, c’est à plus de deux cents que peut être évalué le nombre de méthodes de médecines douces dont certaines, pour les mêmes raisons que précédemment, doivent faire l’objet d’une vigilance des pouvoirs publics.

2 - La Gendarmerie nationale

Les enquêteurs de la gendarmerie nationale constatent également, dans les campagnes, la progression d’une offre de soins et de guérison à risque promue par des micro-groupes ou des praticiens exerçant en libéral dont une trentaine de cas justifient une vigilance renforcée.

3 - Les cellules départementales de vigilance

L’évolution du paysage de l’offre de guérison au travers des différentes sources précédemment évoquées, est consolidée par l’analyse des travaux des cellules départementales de vigilance réunies en 2005. Ces instances pointent sur le marché de la santé et du bien-être, l’intrusion du « tout psychologique » par la présence diffuse de micro-structures dans la mouvance du new age et de promoteurs alliant la plupart du temps plusieurs pratiques thérapeutiques et ou psychothérapeutiques ou passant d’une méthode à l’autre pour mieux capter leur clientèle et garantir des revenus substantiels. Ces petites structures, dans la majorité des cas de statut libéral ou associatif, développent des activités polyvalentes, allant du coaching à des prestations à visée curative et proposent des formations diplômantes non validées et de durée extrêmement variable.

Ce phénomène dont l’appréhension est malaisée, de l’avis des services locaux, inquiète par sa dangerosité potentielle et réelle en raison de condamnations pour exercice illégal de la médecine, de la pharmacie, publicité irrégulière, importation de médicaments sans autorisation de mise sur le marché, établissements de faux certificats médicaux et soustraction à des obligations légales compromettant la santé. En tout état de cause, il est le creuset de dérives qui avant d’être qualifiables de sectaires au sens des critères convenus, sont, à tout le moins, thérapeutiques pour cause de charlatanisme.

La présence de thérapeutes et de psychothérapeutes dont un grand nombre sont autoproclamés, concerne l’ensemble du territoire et est particulièrement signalée dans les grandes villes et les zones rurales du sud de la France. Les interrogations les plus fréquemment formulées portent sur de possibles dérives de praticiens formés à la psychogénéalogie et à la kinésiologie ainsi qu’à la médecine énergétique comme le reiki. Les groupes d’inspiration orientaliste développant des pratiques de soins et de bien être, alliant techniques manuelles et dimension spiritualiste, sont également l’objet d’interrogations tout comme l’essor des groupes de prière à vocation guérisseuse au sein, notamment, des associations évangéliques.

-Parmi les courants en vogue, dans le sillage de la naturopathie, le créneau des thérapies hygiénistes alliant jeûne et pratique sportive intensive, semble se développer dans le sud-ouest.

-En Bretagne, on assiste à l’émergence de groupes alliant prétention écologique, découverte de la nature et pratiques guérisseuses empruntées à la tradition druidique.

-En Haute-Garonne, des formations aux médecines non conventionnelles, et notamment la naturopathie, sont proposées à des chômeurs et « rmistes ».

-Dans l’Ain, un refus a été opposé à une association spécialisée en « naturo-réflexologie » qui sollicitait du FONGECIF[2] une subvention pour aider une stagiaire à financer sa formation.

-En Loire-Atlantique, un institut prônant la méthode Silva s’est vu opposé un refus d’agrément à la formation professionnelle.

-La technique EMF Balancing promue par le mouvement Kryeon se développe en Meurthe-et-Moselle. Dans ce département, on note également la forte présence de mouvements catéchumènes à vocation guérisseuse.

-Le département de l’Ariège semble propice à la mouvance du New Age avec la présence d’une vingtaine de groupes développant des pratiques guérisseuses et d’épanouissement personnel alliant chamanisme, méditation, réflexologie et soins énergétiques.

-Il convient d’être plus particulièrement vigilant sur un certain nombre de mouvements en raison notamment de leur opposition à la médecine conventionnelle allant jusqu’au refus de soins. Sont cités Lou Pitchoun dans les Bouches-du-Rhône, Shy (ex Energie Universelle) dans les Landes, l’instinctothérapie en Haute-Marne, le Cercle des amis de Bruno Goering en Dordogne, l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu ou encore l’association SA/SA THYA BABA dont l’un des relais serait le Centre de méditation Vipassana dans le département de l’Yonne.

C - Peu de plaintes déposées mais de nouvelles coordinations de victimes

Dans ce contexte, au cours de ces dernières années, est intervenuelacréationdesiteswebindépendants

(http://preventsectes.com, http://psyvig.com ou encore http://membres.lycos.fr/ertonetecs)entretenant des liens réguliers avec les grandes associations.

La constitution de nouvelles associations ou de coordinations de victimes souvent ciblées sur une méthode comme la kinésiologie ou encore la psychogénéalogie, démontre la nécessité de lieux d’écoute et d’aide face à des situations difficiles allant jusqu’à la rupture. Il ressort des enseignements tirés des témoignages que le sort des enfants dans les couples séparés, et au sein desquels l’un des parents adhère à un groupe ou à une pratique dans la sphère du bien-être et de la santé, est particulièrement préoccupant : climat de tensions extrêmes, fortes entraves voire refus de l’exercice du droit de visite au parent n’assumant pas la « garde » du mineur, déplacement géographique du jeune à des centaines de kilomètres, parfois dans un pays étranger, adoption de règles de vie compromettantes pour son développement sur le plan moral ou physique et pour son insertion dans la société, éventuellement dans certains cas extrêmes, risques vitaux.

De nouvelles associations sont apparues dans le paysage de la défense des victimes, notamment la Coordination nationale de défense des victimes de la kinésiologie, l’Association des victimes des thérapies alternatives et de la psychogénéalogie, le Centre d’information et de prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes (CIPPAD) créé en 2002 et consacré à la prévention des dérives psychosectaires, l’association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI) qui lutte prioritairement contre les abus liés aux thérapies du faux souvenir.

Le peu de plaintes déposées rend difficile l’appréciation de l’étendue des dangers de ces pratiques sur un plan criminel. A la frontière de l’escroquerie et du charlatanisme, il n’est pas toujours facile de leur trouver une traduction juridique et l’autorité judiciaire se trouve désarmée. Pourtant le charlatanisme, en ce qu’il correspond à des pratiques et des médications invérifiables ou au recours à des procédés illusoires, progresse en raison des offres d’un nombre croissant de ces thérapeutes et psychothérapeutes en médecine « nouvelle ».

II – Physionomie des dérives observées

Au-delà des récentes dérives qui ont marqué le secteur de la santé, trois constantes marquent ce marché en plein essor.

A - L’approche « psy »

Au sein d’une offre pléthorique où le renouvellement des labels est constant, le créneau « psychologique » se taille la part la plus importante, qu’il s’agisse de thérapeutes individuels auto‑proclamés, ou d’organisations puissantes et structurées. Les thèses développées s’appuient sur trois postulats :

-la culpabilité du patient dans le développement de sa pathologie,

-l’angoisse de la maladie,

-la revendication d’un « mieux être » dans une société d’individualisme qui produit du désarroi et où le confort matériel ne garantit plus le bonheur face au culte croissant de la réalisation personnelle.

1 - Ryke Geerd Hamer, sa loi d’airain et ses théories du traitement du cancer

La confirmation en appel à l’été 2004, de la condamnation de Ryke Geerd Hamer, pour escroquerie et complicité d’exercice illégal de la médecine, rappelle la dangerosité d’une méthode thérapeutique qualifiée de « médecine douce » par son promoteur mais dont les applications concrètes excluent le recours ou la poursuite de traitements conventionnels dans toutes les pathologies, y compris dans les affections lourdes. La première plainte déposée en France contre ce médecin allemand frappé d’interdiction d’exercer dans son pays depuis 1986, remonte à 1996. Elle fut déposée par un homme dont l’épouse atteinte d’un cancer du sein, décédait à la suite de refus de traitements oncologiques et d’hospitalisation.

Caractéristique d’une approche psychologisante, cette nouvelle médecine repose sur le postulat que toute maladie est la résultante d’un choc psychologique intense et d’un conflit intérieur non résolu.

Partant de l’idée qu’un stress important affaiblissait les défenses immunitaires, voire provoquait une réaction somatique de grande ampleur, Hamer a dérivé dans une démonstration de pseudo­vérité dogmatique le conduisant à récuser les facteurs génétiques et environnementaux à l’origine de la maladie. Il affirme ainsi que la culpabilité des fumeurs plus que l’ingestion de tabac est cause de cancer. Cette théorie devient pour lui universelle qu’il s’agisse de pathologies bénignes ou incurables. Ainsi naît une méthode naturelle de soins largement fondée sur les capacités libérées d’auto-guérison du malade à condition que n’interfèrent pas dans ce processus, les traitements conventionnels. Tout le monde peut guérir soit spontanément soit dans de rares cas avec le soutien d’un thérapeute.

2 - L ’héritage de Ryke Geerd Hamer

L’incarcération de Geerd Ryke Hamer et sa condamnation à trois ans de prison ferme par la Cour d’appel de Chambéry ont mis un point d’arrêt à ses activités répréhensibles. Mais ses théories continuent d’essaimer en France, en Suisse et en Belgique à travers les élèves formés à son enseignement et sous des formes adaptées évitant l’investissement du champ médical. La remise en liberté de Ryke Hamer renforce les inquiétudes des pouvoirs publics.

Les héritiers de cette méthode qui se démarquent, prudence oblige, des théories initiales de leur formateur, développent aujourd’hui plutôt des méthodes d’assistance personnelle empreintes de promesses floues d’auto-guérison, et d’auto-libération découlant de concepts nouveaux comme la « mémoire cellulaire , la biothérapie, la bio-psychogénéalogie ou encore de décodage biologique ». Ces concepts sont devenus autant de marques déposées d’un enseignement souvent labellisé en nom propre pour assurer la notoriété de ses initiateurs. Nourris des préceptes d’Hamer, les anciens élèves sont à leur tour formateurs, dispensant stages et modules d’enseignement privé coûteux, malgré une absence totale de validation scientifique. Le second cercle des « haméristes » comprendrait aujourd’hui d’après les observateurs de terrain comme l’UNADFI et le GEMPPI, une centaine de praticiens en exercice. Parmi eux, on relève la présence de médecins, parfois frappés d’interdiction d’exercer ou mis hors d’atteinte des sanctions de leurs instances ordinales en demandant leur radiation, des dentistes formés au « décodage symbolique des dents », d’anciens adeptes d’organisations connues comme la Scientologie et des praticiens de techniques manuelles comme l’ostéopathie ou la kinésiologie.

Bien que reposant a priori sur des bases crédibles (l’état psychique du patient, à défaut de la provoquer, peut effectivement jouer sur l’évolution de sa maladie), ces différentes méthodes d’accompagnement inspirées de la doctrine hamériste posent problème dès lors qu’elles prétendent fournir, à la carte, des outils auto-thérapeutiques permettant à chacun dans un temps court de « déprogrammer la maladie » pour s’acheminer sur la voie de l’auto­guérison, et ce, même pour les pathologies graves voire incurables.

3 - De la mémoire du corps à la mémoire trans-générationnelle

L’idée qu’il faut parfois remonter à l’histoire de ses parents pour libérer l’origine de certains conflits ou mal être ne fait plus véritablement débat. Nous sommes le produit des générations qui nous précèdent et la transmission inconsciente de certains non-dits ou secrets de famille peut effectivement peser sur l’état psychologique et les choix de vie d’un individu. Mais il y a dérive dès lors que ce présupposé devient systématique pour certains tenants de la bio­psychogénéalogie. Dans la lignée des préceptes haméristes, ils prétendent que ces conflits non résolus naissent des « programmes de survie biologiques » enclenchés par le cerveau, agissant directement sur l’état de nos cellules et provoquant des maladies. Adoptée comme une règle implicite et infaillible, cette théorie remet au goût du jour une forme de déterminisme qui inspire là encore la plus grande réserve. Dans le même esprit, sous la proposition « comment guérir de cette famille qui vit en vous », certains groupes dits de « constellations familiales » entendent apporter une solution définitive à des problèmes de tous ordres, physiques ou psychologiques. Ces groupes posent problème dès lors qu’ils se présentent comme « des outils de guérison d’une maladie héritée des ancêtres, transcription biologique d’un conflit psychologique non résolu par les générations précédentes ».

B - Une approche déclinable suivant les publics visés

L’approche psychologisante se développe au cœur des prestations de santé. Le principe selon lequel, le sujet atteint d’une pathologie où ses ascendants directs seraient responsables de la maladie développée, indépendamment des facteurs génétiques ou environnementaux, se décline désormais en autant de solutions thérapeutiques que de publics à toucher et donc de marchés potentiels à conquérir.

Nombre de ces thérapies ne visent pas la mise sous sujétion « d’adeptes » privés de leur discernement. Mais l’intrusion du « tout psychologisant » dans le champ des thérapies alternatives, en prétendant donner une cause autre qu’organique à d’éventuelles pathologies, peut favoriser les dérives individuelles et faciliter des situations d’emprise dommageables du thérapeute sur son patient. A la question, « Pourquoi moi et pas un autre ? », il apporte une réponse toute faite « Tu t ’es fabriqué ta maladie », à laquelle il se propose d’apporter des solutions clefs en main qui peuvent aller de la prescription médicamenteuse à la condamnation de la médecine classique.

Du traitement des maladies incurables, à la prise en charge des personnes handicapées, puis du soulagement des souffrances physiques à celui des souffrances psychiques, des doctrines et des méthodes pédagogiques ont été déclinées à la carte en fonction de la spécialité d’origine de l’initiateur et de son public cible.

Devant la profusion des offres thérapeutiques psychologisantes, à la validité non éprouvée mais souvent à forte rentabilité, la vigilance reste plus que jamais de mise comme l’atteste l’exemple de la communication facilitée sur laquelle l’Ordre national des médecins a, dans le courant de l’année 2004, émis les plus grandes réserves.

1 - La communication facilitée ou la psychophanie

Introduite en France par l’orthophoniste Anne-Marguerite Vexiau, la méthode dite de « communication facilitée » est un procédé qui permettrait aux personnes privées de paroles (autistes, polyhandicapés, trisomiques, traumatisés crâniens…) de s’exprimer en tapant à la machine avec un doigt. Un partenaire leur soutient la main ce qui favorise les échanges inconscients d’information entre les deux. Le patient se brancherait sur le cerveau de son partenaire et utiliserait son équipement moteur, sensoriel, et même psychique pour exprimer sa propre pensée. Les handicapés mentaux sévères, les non voyants de naissance, les sourds profonds, les patients en phase de réveil de coma, les enfants présentant des troubles psychosomatiques seraient éligibles à cette pratique. Elle est aujourd’hui l’objet d’une controverse faute de validation scientifique et en raison des publics extrêmement fragilisés auxquels elle s’adresse. A défaut de pouvoir la qualifier de « sectaire » en l’état actuel des investigations menées à son sujet, de fortes présomptions de risque de déviances thérapeutiques sont émises par un grand nombre de professionnels qu’il s’agisse des institutions représentatives de la profession médicale comme l’Ordre national des médecins et des syndicats professionnels des soins de suite et de réadaptation. Certains propos d’Anne-Marguerite Vexiau nourrissent les craintes de ces professionnels : « Je n ’avais jamais pensé que les morts puissent guérir les vivants ». Ces propos paraissent en effet typiques des dérives induites par l’essor des thérapies « trans-générationnelles » au nom desquelles des praticiens aux cursus plus ou moins sérieux développent des prestations invérifiées, voire invérifiables sur le plan médical. A cet égard, cette technique ouvre incontestablement la porte à de possibles manipulations et à l’exploitation du désarroi des proches de la personne handicapée quand les paroles retranscrites visent de surcroît à les culpabiliser comme dans cette assertion attribuée à un enfant handicapé dont la mère avait avorté : « J’ai évité mort en choisissant maladie ».

Courant 2004, deux membres du Conseil national de l’Ordre des médecins émettaient les plus grandes réserves sur l’intérêt scientifique de celle-ci, regrettant « que cette technique soit efectuée sur des patients en grande soufrance mentale » ; le Groupe d’étude et de recherche sur l’infirmité motrice d’origine cérébrale (GERIMOC), regroupant environ cent quarante médecins ou chirurgiens de diverses spécialités, alertait du développement de cette méthode dans l’ouest de la France et en région lyonnaise.

Enfin, dans un courrier au ministre de la Santé à la fin de 2004, un médecin mettait l’accent sur les derniers développements de la méthode qui promeut des formations très onéreuses de « facilitant » à destination des parents de personnes handicapées et s’ouvre désormais aux dépressifs ou personnes atteintes de troubles mineurs dans une optique de soin psychologique, sous le label de « psychophanie ».

2 - Le syndrome du faux souvenir, une forme de psychanalyse déviante

L’adoption de la législation sur les psychothérapies va permettre de mieux contrôler le secteur des psychothérapies dès l’adoption de ses décrets d’application. Cela pourrait, cependant, n’être pas totalement efficace pour juguler les dérives individuelles dans un secteur pléthorique et difficile à contrôler en raison de son caractère atomisé et du secret de la relation qui se joue dans l’intimité des cabinets de consultation. Ici, le dérapage éventuel se manifeste d’abord dans une relation liant une seule personne - le thérapeute incriminé - à l’un de ses patients. « La théorie des faux souvenirs induits » particulièrement en vogue outre-atlantique et en Angleterre aurait d’ores et déjà touché huit cents victimes dans ces pays. Des thérapeutes sont ainsi accusés d’user de leur pouvoir de suggestion pour induire, via plusieurs techniques de manipulation tels le rebirth ou les thérapies du rêve éveillé, de faux souvenirs d’inceste chez leurs patients, entraînant des ruptures avec le milieu familial. En France, on recense suffisamment de cas de dérives avérées pour que plusieurs associations aient vu le jour, par exemple l’association de vigilance contre les faux souvenirs AVFS, le groupe France-Fausse mémoire et faux souvenirs[3] et, plus récemment, une Coordination des victimes de la théorie des faux souvenirs, fondée sous l’égide du GEMPPI.

C La prévention et le détournement du principe de précaution investis par les médecines de guérison

L’engouement actuel pour la médecine holistique reflète l’exigence légitime du patient de ne pas être réduit par les représentants du corps médical à sa seule pathologie et de bénéficier dans sa prise en charge d’une approche thérapeutique à visage plus humain. La médecine holistique en effet prône une prise en charge globale du sujet qui dépasse largement le traitement du seul symptôme pour appréhender l’individu dans toutes ses dimensions, mettant l’accent sur le lien existant entre sa pathologie et les aspects émotionnels, sociaux, physiques et spirituels qui le constituent, et qui ayant une influence sur son état, peuvent donc stimuler un processus naturel de guérison ou au contraire illustrer un déséquilibre d’harmonie nocif pour sa santé.

Sous l’étiquette générique de « médecine holistique », on trouve ainsi les prestations de soins les plus diverses. Si elles s’avèrent le plus souvent sans danger pour l’intégrité de la personne, certaines, s’abritant derrière le label en vogue d’une thérapie « douce », peuvent conduire à des dérives de type sectaire caractérisées essentiellement par le rejet de la médecine et des traitements conventionnels en cas de pathologie avérée. Dans une société où le culte du « risque zéro » règne en maître, certains groupes cultivent ainsi la peur légitime des individus face au risque de la maladie, et développent des méthodes empiriques de diagnostic et de repérage des zones ou facteurs de risques, constituant des pratiques proches de l’exercice illégal de la médecine.

« Naître sans tare, vivre plus vieux, mourir mieux », telle pourrait être résumée la grande illusion induite par la promesse des groupes à caractéristiques sectaires qui investissent actuellement le secteur de la santé.

La prévention maximale du risque couru, en matière de santé comme dans tous les domaines du quotidien, devient une revendication citoyenne et une aspiration majeure des individus. Les mouvements et des praticiens indépendants l’ont bien compris : sous couvert de prévention, ils développent des propositions thérapeutiques aberrantes et contraignantes, au nom du principe de précaution : « mieux vaut pré venir que guérir ».

Plusieurs méthodes de guérison holistique par imposition des mains se présentent ainsi comme des « techniques de contrôle mental visant à renforcer le système immunitaire ». L’une d’entre elles en particulier, connue pour les stages qu’elle organise dans le monde entier, proposerait en fin de cursus initiatique à l’élève arrivé à un degré supérieur de formation, de percer les secrets de la programmation de « l’eau spéciale énergisée » aux vertus thérapeutiques proclamées (« méthode Silva »). Dans la mouvance des praticiens adeptes de la doctrine Hamer, on discerne également un discours de prévention habilement repris à des fins commerciales à l’instar de la méthode thérapeutique be happy qui s’adresse non seulement aux personnes atteintes de pathologies graves ou chroniques mais aussi aux « futurs malades ». A noter que la méthode en question sert de relais à la vente de médicaments commercialisés sous le nom de « microzymas ».

1 - L ’hygiénisme

Des « thérapeutes », soucieux d’étendre leur emprise sur des particuliers, vont ériger le déséquilibre alimentaire en dogme, la privation imposée pouvant conduire à la mort dans les cas les plus graves.

C’est le cas de l’affaire de l’association Joie et Loisirs en Morvan dont la fondatrice est incarcérée pour des pratiques relevant de l’exercice illégal de la médecine à la suite de la mort de trois enfants, dont un bébé, dans une communauté.

D’autres dérives avérées reposent sur l’idée aberrante que le jeûne serait en lui-même un facteur de prévention de toutes formes de maladies, voire en cas de pathologie, une forme d’action thérapeutique efficace. Portée par la vague écologiste et la mouvance new age, celle-ci a connu ces dernières années un regain de faveur, continuant à faire des adeptes, et parfois des victimes. L’instinctothérapie (ou la consommation exclusive d’aliments crus sélectionnés sur leur odeur) est ainsi encore pratiquée dans notre pays au sein de petits groupes épars malgré la condamnation du gourou Guy Claude Burger à quinze ans de réclusion criminelle le 4 juillet 2003 pour viols sur mineur de 15 ans.

Les dernières tendances observées dans ce sillage prônant l’hygiénisme reposent sur la constitution de groupes alliant une pratique sportive intensive (trekking, randonnées) et un jeûne poussé parfois à l’extrême (nourriture frugale et exercice physique intense). Les associations de prévention font ainsi état d’appels adressés par des proches d’adolescents fréquentant assidûment le mouvement « Jeûne et randonnée » et présentant des changements notables dans leur comportement. Pour l’heure, malgré ces signalements préoccupants, aucune plainte n’a été enregistrée illustrant une dérive avérée de cette mouvance en plein essor. L’incitation des adolescents au jeûne pose problème en ce qu’elle affecte leur développement et leur équilibre psychique. Egalement préoccupante est l’émergence d’une tendance visant à promouvoir le jeûne thérapeutique à vocation écologique. A titre d’exemple, l’association OM-VIE, « harmonisation énergétique par la nutrition consciente » organisait dès 1995, stages et conférences sur le thème « alimentation et pollution, se « nourrir en conscience » et proposait des randonnées pédestres dans la forêt de Brocéliande.

Parmi les cas avérés de dérive hygiéniste sanctionnée par la loi, sont cités :

-la condamnation, fin 2001, à douze ans de réclusion criminelle, d’un couple de parents adeptes de l’Ordre apostolique Tabithas ’s Place pour avoir volontairement privé d’aliments et de soins leurs enfants au point de compromettre la santé de leur fils, âgé de moins de 15 ans ;

-la condamnation de deux parents kinésiologues qui ont dû répondre devant la justice en 2004 et 2005, de la mort de leur enfant de 19 mois sur les mêmes chefs d’accusation. Leur procès, exemplaire des dommages induits par l’application stricte de préceptes alimentaires aberrants dans le cas d’une femme allaitant son enfant de quelques mois, a été l’occasion de soulever publiquement, dans l’opinion et les médias, la question de la dangerosité potentielle d’une mouvance, la kinésiologie.

Les associations de terrain pointent régulièrement les dérives, faisant état de plusieurs témoignages de victimes décrivant des situations d’emprise avérées : ruptures de liens familiaux (divorces, séparations), ainsi que des changements de comportements inquiétants de la part des personnes formées à ces techniques (arrêt d’une activité professionnelle sous l’influence d’un praticien en kinésiologie pour suivre une formation exclusive dans la discipline ou adoption d’un discours ésotérique). Si ces divers témoignages ne sont pas pour l’heure suivis de plaintes et d’actions en justice, le verdict rendu dans le cas de Quimper (cinq ans d’emprisonnement dont cinquante-deux mois avec sursis mise à l’épreuve pendant trois ans et trois mois fermes pour les parents) illustre un premier cas de dérive individuelle sanctionné par les tribunaux.

2 - Le respirianisme

Cette méthode consiste à se nourrir d’air et de lumière pour accéder à « ‘notre’ être divin ». Elle repose sur une dangereuse pratique de jeûne total acquise à l’issue d’un « processus sacré de 21 jours » au cours duquel le corps se libère progressivement du besoin de manger et de boire.

La « prêtresse » de ce mouvement est australienne : Jashmuheen – de son vrai nom Ellen Greve – prétend ne plus se nourrir depuis 1993. A la tête d’un véritable business reposant sur la vente de livres, de vidéos et sur l’organisation de conférences et de retraites, elle revendique quelques dizaines de milliers d’adeptes dans le monde, y compris en France. Elle fédère un réseau international nommé MAPS (en français « Mouvement pour une société éveillée et positive ») et semble rallier divers thérapeutes à la cause du « processus des 21 jours ».

Sa méthode dangereuse pour la santé d’autrui est développée dans un ouvrage aux propos édifiants intitulé « Vivre de lumière/5 ans sans nourriture matérielle ».

A la moindre critique, Jashmuheen oppose le système de défense commun à tout gourou de secte rejetant la responsabilité de l’échec sur l’adepte qui n’aura pas suivi les préceptes édictés par le Maître ou qui aura été distrait par des interférences néfastes.

C’est ce qu’elle sous-entend en évoquant dans son livre la mort de plusieurs de ses disciples il y a quelques années en Australie, en Allemagne et en Ecosse.

Lors d’une conférence, à une participante pratiquant le jeûne qui se plaignait de ressentir d’importants troubles de la vision, de la mémoire et de l’équilibre, Jashmuheen expliquait que ces troubles étaient normaux parce que le stade de la pureté n’était pas encore atteint.

A ses détracteurs, elle n’hésite pas à affirmer, non sans cynisme, que sa méthode apporte aussi une solution au problème de la faim dans le monde.

Le risque avéré d’une telle pratique pour la santé d’autrui a conduit la MIVILUDES à alerter la préfecture de l’Ardèche en novembre 2005 alors que Jashmuheen devait animer une « retraite spirituelle » d’une semaine dans ce département[4]. Les vérifications nécessaires ont eu lieu pour s’assurer que les participants seraient nourris pendant la durée du séminaire, ce qui était le cas, le stage n’étant qu’un prélude au processus de jeûne. L’entrée sur le lieu du stage a été refusée à un adulte parce qu’il était accompagné d’un mineur. Enfin il a été demandé qu’un des participants, visiblement en état de fragilité, puisse regagner son hôtel chaque soir. Aucune dérive, autre que celles liées à l’enseignement contenu dans le livre précité, n’a été observée durant cette réunion.

La MIVILUDES vient d’être informée de l’animation prochaine de conférences à Paris par un « thérapeute énergéticien » disciple du respirianisme. Bien qu’aucune plainte mettant en cause le respirianisme n’ait été déposée à ce jour en France et qu’aucun accident n’ait été constaté en Ardèche, la MIVILUDES maintiendra toutefois la vigilance requise à l’égard des initiatives d’un mouvement qui présente un grand nombre de caractéristiques sectaires parmi lesquelles on peut citer l’existence d’un gourou détenteur d’une vérité unique, l’affaiblissement physique et l’isolement des adeptes ainsi que des pressions financières (vente de livres, vidéos, participation à des stages, etc.).

3 - Le mythe de l’enfant parfait

Dans son rapport 2001, la MILS relevait déjà que « la grossesse, la naissance, la petite enfance attirent des convoitises sectaires ». La MIVILUDES quant à elle, soulignait dans son rapport 2003 que « la périnatalité est l’objet de programmes de formation dont certains acteurs sont manifestement nourris d’idéologies à forte résonance sectaire », évoquant notamment le cas d’une sage-femme refusant de pratiquer les examens de suivi de la grossesse au nom du rejet des pratiques conventionnelles. L’observation attentive des offres de prestations développées à l’attention du grand public sur le « créneau » de la périnatalité tend à conforter cette tendance, qui se manifeste désormais en priorité à travers des propositions thérapeutiques à visée préventive, dont les dérives peuvent aller jusqu’à remettre au goût du jour le mythe de « l’enfant parfait » auprès des futures mères, à partir d’une approche psychologisante visant à les culpabiliser : l’enfant doit être « pris en charge » dès sa période foetale sous peine de le voir développer ultérieurement des pathologies dues à la négligence et au manque d’écoute de sa mère.

Selon un avis du CIAOSN [5], il convient d’être particulièrement vigilant sur le mouvement Spiritual Human Yoga (SHY) à la tradition guérisseuse avérée, qui s’engouffre désormais lui aussi sur ce segment de marché porteur en proposant des séances d’harmonisation pour agir sur le foetus et prévenir d’éventuelles malformations. Certaines approches psychocorporelles, en majorité importées d’Amérique du Nord arrivent également en France, et prétendent, elles aussi, garantir le bon développement de l’enfant à naître, à l’image du « massage métamorphique » qui se targue de faire de la « prénatothérapie » mais s’adresse aussi aux enfants en bas âge, voire aux adultes : la technique, dans ce cas, permettrait de faire remonter le « vécu fœtal » du patient.

Au-delà de l’accompagnement à la naissance à proprement parler, certaines méthodes thérapeutiques controversées multiplient les références à la vie intra-utérine pour expliquer ou trouver l’origine des désordres pathologiques ou psychologiques qu’elles prétendent soigner.

C’est une autre façon d’exploiter le mythe de l’enfant parfait, dans son versus négatif, puisque l’on part du postulat que la pathologie fut provoquée par un traumatisme antérieur à la naissance.

La vigilance reste enfin de mise à l’égard du phénomène à la mode des « maisons de naissance » qui tend à se développer en Belgique et dans une moindre mesure en France (sud-est, sud-ouest et région lyonnaise). A cet égard, le plan périnatalité 2005-2007 évoqué dans le rapport 2004 de la MIVILUDES devrait présenter un gage de sécurité pour que ces lieux d’expérimentation fonctionnant avec des sages-femmes libérales et/ou hospitalières garantissent une prise en charge sérieuse de la mère et de l’enfant à naître par des professionnels non suspects d’exercice illégal de la médecine par conviction d’une doctrine alternative.

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