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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

J’ai publié dans le N° 256 de la revue Science et pseudo-sciences – dans le cadre de ma rubrique Du coté de la sciences – 2 brèves concernant les OGM. Cette publication nous a valu un important courrier auquel j’ai apporté une réponse globale dans le N° 259 de la même revue.

Ci-dessous les 2 brèves et le débat avec les lecteurs

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Les brèves

Plutôt la mort que les O.G.M.

Plusieurs pays du sud de l’Afrique souffrent de famine et plusieurs millions de leurs habitants sont l’objet de malnutrition. Devant cette situation, les Etats Unis ont proposé leur aide et envoyé dans la région plusieurs milliers de tonnes de maïs. Le seul problème est qu’il s’agit de maïs O.G.M., puisque la culture en est autorisée et même largement majoritaire sur le continent américain. Quatre des six pays concernés ont accepté l’aide américaine, mais le président du Zimbabwe, Robert Mugabe a refusé en août dernier l’entrée de ces céréales dans son pays pour motif de sécurité alimentaire, condamnant ainsi à la famine plus de 6 millions de ses concitoyens. De son coté et sans doute pour ne pas être en reste de virginité écologique, Levy Mwanawasa président de la Zambie, ordonnait de surseoir à la distribution du maïs et demandait à un comité d’experts scientifiques de son pays d’aller enquêter auprès de laboratoires sud-africains, européens et américains pour faire une évaluation de la sécurité de ces aliments. A la fin de l’année 2002, ce comité rendait un verdict que beaucoup considèrent comme un peu trop conforme à la volonté présidentielle. Le maïs américain est refusé par application du « principe de précaution », les experts ne pouvant garantir la sécurité alimentaire duproduit. La farine de maïs continuera à pourrir dans les entrepôts et les 2,9 millions de zambiens atteints de malnutrition pourront de leur côté continuer à mourir… sans risque.

Les sages sortent du silence.

Pendant que certains responsables africains font pour leur pays des choix pour le moins contestables, les Académies de Médecine et des Sciences viennent enfin, à la demande de leur ministre de tutelle, de se prononcer sur les O.G.M.

L’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie ont fait une communication commune intitulée « OGM et Santé - Recommandations » dans laquelle ils donnent le résultat de leur « analyse approfondie des risques éventuels pour la santé pouvant résulter de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) pour l’alimentation ou pour des soins » (séance du mardi 10 décembre 2002).

Leur conclusion tient en 5 points qui méritent d’être intégralement reproduits tant on a entendu à ce sujet de contrevérités :

1 – Il n’existe aucun risque particulier lié au mode d’obtention des OGM

L’ADN de leur génome est semblable à celui des autres génomes. Il est comme eux dégradé dans l’intestin lors de la digestion. En schématisant, on pourrait dire qu’en mangeant des carottes ou des laitues, on ne court pas le risque d’introduire dans son génome des gènes de carottes ou de laitues et que ce n’est pas parce que l’on aurait introduit un gène de laitue dans le génome d’une carotte que l’on ferait apparaître ce risque.

2 – Les risques éventuels des OGM pour la santé sont contrôlables

Le danger potentiel des OGM ne peut être dû qu’aux protéines dont la synthèse est codée par le gène introduit. C’est donc au cas par cas et selon des protocoles précis et bien définis au niveau national et européen qu’il faut vérifier l’absence de toxicité ou de réactions allergiques, comme ceci doit être, d’ailleurs, effectué pour tous les nouveaux aliments.Il faut remarquer, à cet égard, que plusieurs centaines de millions d’habitants de notre planète (en Amérique du Nord et du Sud, en Inde et en Chine) consomment quotidiennement depuis plusieurs années des aliments à base d’OGM et qu’aucun effet nocif sur la santé n’a été rapporté. De même, depuis quinze ans, de nombreux médicaments provenant d’OGM sont largement utilisés et aucun effet nocif particulier n’a été observé. Bien au contraire, les hormones ainsi obtenues ont des avantages sur le plan de la sécurité en raison de l’absence de contaminations d’origine animale.

3 – Les avantages escomptés l’emportent sur les risques éventuels

Les OGM ouvrent, en effet, pour l’alimentation, des perspectives très favorables : limitation de l’usage des pesticides et des insecticides, amélioration de la qualité des aliments permettant de lutter contre certaines carences (fer, certaines vitamines), contre les déficits protéiniques, ou les déséquilibres alimentaires (excès de corps gras saturés, entraînant un accroissement des risques d’affections cardiovasculaires). Nous ne ferons que mentionner le potentiel d’augmentation des rendements grâce à une meilleure adaptation des semences à la qualité des sols (salinité, sécheresse).

4 – Les perspectives thérapeutiques sont également très prometteuses

Possibilité de produire avec une sécurité accrue et en l’absence de tout risque de contamination par des virus animaux, de très nombreuses molécules (hormones telle l’insuline, cytokines tels les interférons, anticorps, vaccins etc.) qu’il est difficile ou impossible d’obtenir par d’autres méthodes. Des malades actuellement incurables devraient bénéficier de ces nouvelles méthodes de production.

5 – Les contraintes réglementaires qui, actuellement, limitent la recherche sur les OGM et leurs utilisations, mériteraient d’être reconsidérées car elles mettent la France et l’Union européenne dans une position d’infériorité par rapport à d’autres pays industrialisés et elles risqueraient d’avoir des effets dommageables sur la recherche biologique et agronomique, sans avoir le moindre avantage connu pour la santé.

Quelques jours plus tard, les Académiciens des Sciences se sont prononcés à leur tour sur les questions liées à l’environnement et à la recherche dans un texte dont voici de larges extraits :

« Dans le contexte actuel de la controverse sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). La défense effective par les pouvoirs publics de la recherche fondamentale est nécessaire. Maintenir un financement de la recherche qui garantisse l'indépendance des chercheurs des organismes publics face aux impératifs économiques est indispensable pour préserver la crédibilité de l’évaluation des risques. Par ailleurs. la controverse sur les OGM doit contraindre le chercheur à se placer à l'interface science-société où la communication sera déterminante.

La recherche de nouvelles méthodes d’amélioration des plantes a abouti au cours des années 80 à l'élaboration des techniques de transgénèse végétale et, depuis six ans, à la culture de variétés transgéniques. Celle-ci occupaient essentiellement en Amérique, 50 millions d'hectare en 2001 Ces variétés transgéniques sont rejetées par l'Europe, sans qu'il y ait eu pour autant le moindre problème de santé pour les consommateurs ou d'atteinte à l’environnement. La connaissance précise des génomes et de la fonction des gènes laisse entrevoir de très grandes possibilités d'amélioration des cultures par diverses méthodes, parmi lesquelles la transgenèse prendra de plus en plus d'importance. La position de la France qui se caractérise par une absence inquiétante dans la recherche sur les applications de la transgénèse végétale laisse totalement ouvert ce champ d’investigation à d'autres. On peut donc craindre à terme une dépréciation relative de nos variétés cultivées, ce qui sera préjudiciable à notre économie agricole

Les risques associés aux plantes transgéniques (tolérance à un herbicide, tolérance à des prédateurs ou maladies, stérilité, résistance à des antibiotiques, allergénicité) sont analysés. Cette analyse montre que toutes les critiques formulées contre les OGM peuvent être en grande partie écartées sur des critères strictement scientifiques. De plus. toute généralisation sur les risques potentiels des OGM est impossible car la rigueur scientifique ne peut qu'imposer l'examen au cas par cas.

[…]

Il n'y a aucune raison objective de prolonger un moratoire sur les autorisations de commercialisation d'OGM. Si la situation perdure, le risque éminent est d’éradiquer les OGM du sol européen et de bannir ainsi tous les échanges commerciaux de semences et de matières agricoles avec les pays où sont cultivés des OGM.

[…]

Les méthodes de transgénèse pourraient être orientées vers la résolution, au moins partielle, de certains problèmes particuliers des pays en développement dans une perspective de sécurité quantitative et de sûreté qualitative de la production alimentaire. Par exemple, on peut envisager d’utiliser la transgénèse pour répondre à des problèmes agronomiques comme la résistance aux virus ou aux nématodes. On peut espérer à plus long terme aborder la tolérance aux stress ablotiques (froid, sécheresse, salinité) Le génie génétique allié à des pratiques nouvelles devrait permettre de mieux concilier l’accroissement de la productivité, la préservation des grands équilibres écologiques, l'efficacité économique et l'acceptabilité sociale. »

Avant de donner leur avis, les sages scientifiques se sont entourés de toutes les garanties, en entendant les plus éminents spécialistes des différents aspects de ce problème, si controversé et médiatisé.

On aurait pu penser que ces prises de positions sans ambiguïté seraient de nature à faire cesser de bien regrettables débordement. Il n’en est rien !

Le 16 janvier 2002, un «collectif citoyen» constitué de stars du show biz et de la politique a mené une opération d'arrachage dans un champ expérimental. Ces éminents spécialistes de la transgénèse parmi lesquels figuraient Noël Mamère, Dominique Voynet, Mgr Gaillot, Lambert Wilson, Philippe Torreton et Anémone ont joyeusement saccagé des plantations de colza transgénique sous l’œil de caméras de télévisions.

Cet événement a tenu beaucoup plus de place dans l’information du public que les prises de position des académiciens.

Jean Brissonnet

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OGM : le débat avec nos lecteurs

Comme nous vous l’avons indiqué dans notre précèdent numéro, la brèves se rapportant aux OGM et le compte rendu du rapport commun des Académies de Médecine et des Sciences[1]nous ont valu un abondant courrier de soutien ou de critique. Pour des raisons évidentes de place, il nous est, bien sûr, impossible de publier ici l’intégralité de ces lettres. Pourtant il nous a semblé intéressant de donner à l’ensemble de nos lecteurs un aperçu des principales questions soulevées et des réponses qui leurs ont été apportées. Les oppositions formulées sont très souvent identiques, peut-être parce qu’elles proviennent des mêmes sources.

Afrique et OGM

L’un de nos lecteurs s’élève contre « la gravité de l'assertion qui conduit à penser que deux présidents africains ont délibérément décidé d'affamer leur population, c'est-à-dire qu'ils sont coupables d’assassinat » et demande quelles sont les sources de cette information. En fait, je me suis inspiré de deux brèves de l'Agence Science Presse et d'un commentaire ironique tiré de la revue internationale " Science ". Si je n’ai pas cité ces brèves intégralement, c’est qu’il m’a semblé qu’elles entraient dans des considérations politiques en indiquant par exemple que « les mauvaises langues prétendent que le président Mugabe nie la nécessité d'une aide d'urgence à ces régions parce qu'il s'agit de régions dominées par les mouvements d'opposition. ». Il ne s’agissait pas dans cette affaire de trouver une solution à la faim dans le monde, mais de répondre à une situation d'urgence. Je n’ignore pas que certains pays utilisent parfois l’aide internationale pour modifier les habitudes alimentaires des populations, se créer de nouveaux marchés ou écouler sous couvert d’altruisme leurs excédents de production. Il est un temps pour modifier les règles et un autre pour sauver des vies et il est anormal à mes yeux que des dirigeants africains, bien nourris, refusent à leur population affamée la consommation d'une nourriture largement utilisée depuis des années, sans aucun problème, en Amérique du Nord en se servant pour cela d’un paravent faussement scientifique.

L’avis des Académies

Concernant le compte rendu des Académies de Médecine et des Sciences, les critiques portent sur le fait même d’en rendre compte dans notre revue, sur le rapport lui-même et enfin sur le fond.

Fallait-il en rendre compte ?

Il n’aurait pas fallu faire état de ce rapport car « l’objectivité de ces fameux Académiciens est controversée » spécialement par « un article du Monde Diplomatique de février 2003 » et nous devrions plutôt demander l’avis de « scientifiques indépendants … notamment G.E. Seralini, du CRII-GEN »

Je remarque d’abord que le Monde Diplomatique ne saurait être considéré dans ce domaine comme un modèle d'objectivité puisqu'il constitue de toute évidence le fer de lance, sinon le principal promoteur, de la lutte anti-OGM et le créateur d’un amalgame OGM = mondialisation, certes très « porteur », mais pour le moins contestable. J’ai beaucoup de respect pour les analyses de cette publication dans les domaines sociaux, politique ou économique, mais elle ne constitue en rien, à mes yeux une référence dans le domaine de la science !

Prendre nos informations – alors forcement exactes – auprès des membres de la CRII-GEN – clone de la CRIIRAD – fondée notamment par Corinne Lepage, ex-candidate aux élections présidentielles qui en est aussi la Présidente ? En somme, certains de nos lecteurs nous trouveraient objectif si nous épousions la thèse des militants anti-OGM. Que diraient-ils – à juste titre – si nous ouvrions nos colonnes au directeur des recherches de Monsanto ? Entre ces deux voies extrêmes, je persiste à préférer l’avis des Académiciens et celui de chercheurs reconnus pour la qualité de leurs publications.

Sur le rapport lui-même :

Il est jugé mauvais parce que :

Les Académiciens sont (je cite) les « représentants du lobby génético-industriel »

Je ne pense pas que les Académiciens, à titre individuel, soient totalement à l’abri de dérives ou toujours capables de résister aux pressions de toutes nature qui peuvent s’exercer sur des scientifiques de cette importance. Je demeure par contre persuadé que leur avis, collectif, présente le maximum de garantie d’objectivité et d’indépendance. Récemment un rapport sur le même sujet[2] à été publié à la demande des autorités de Grande Bretagne et il arrive à des conclusions sensiblement identiques. Cela ne fait-il pas beaucoup de scientifiques soumis au « lobby génético-industriel » ?

Les experts consultés sont « connus depuis longtemps pour leur enthousiasme pro-OGM » et « sept d’entre eux ont des liens avérés avec des producteurs d’OGM »

Curieux et récurent procès ! Il me semble que pour être qualifié d’expert, il n'est pas mauvais d'avoir effectué quelques travaux dans le domaine concerné. On peut le regretter, bien sûr, mais la plupart les laboratoires de recherche ont des contrats avec des firmes privées. A part dans des domaines très théoriques, c’est souvent le seul moyen de disposer des moyens financiers acceptables. A la limite, il serait plus opportun de s’inquiéter de la compétence d’un expert qui n’aurait aucun contact avec la recherche privée. Quant au fait de travailler au CNRS, au CIRAD[3] ou d’enseigner la transgénèse, cela ne constitue pas, à mes yeux, un gage de partialité. A moins bien sûr de penser que tout ingénieur du CEA ou tout chercheur du CERN est partisan de la prolifération nucléaire, et que le fait d’enseigner la chimie transforme en prosélyte de l'épandage systématique et irraisonné des pesticides.

Sur le fond :

On retrouve les arguments désormais classiques :

« Les effets [ des OGM] n’ont jamais été sérieusement testés, que ce soit par expérimentation animale ou par étude épidémiologique »

Ceci est inexact pour deux raisons :

La première, c’est que, contrairement à ce que l’on dit souvent, des tests ont été effectués comme sur tous les nouveaux produits de consommation, sur le principe de l'équivalence substantielle[4]. Ces tests, plutôt techniques, sont peu diffusés dans le grand public et souvent difficiles d’accès, ce qui laisse place à toutes les suppositions.

La seconde est que ces produits sont consommés depuis de longues années et à très grande échelle. En Europe, nous semblons oublier qu’il y a 58,7 millions d’hectares d’OGM cultivés à travers le monde [5]. Il ne s’agit certes pas là d’une étude épidémiologie effectuée dans les règles - étude d’ailleurs peu envisageable en pratique[6] - mais de la meilleure approximation dont on puisse rêver. Connaissant la tradition procédurière des USA, qui en cultivent 66%, si aucun problème n'a été signalé, c'est qu'il n'en existe pas.

De toute façon, la science ne peut prouver l’inexistence d'un phénomène. Ce qui explique par exemple que le dernier rapport sur les OGM publié en Grande Bretagne et cité plus haut indique : « Les risques à la santé humaine de la récolte OGM actuellement sur le marché sont très bas ». On ne dit pas qu’ils sont nuls, c’est impossible ! La science ne peut pas plus prouver l'absence totalede dangers des OGM que la non-existence des ectoplasmes farceurs. Il y aura donc toujours des gens pour dire, dans un cas comme dans l’autre : «ils existent ! ».

« Les OGM ne constituent pas une réponse à la faim dans le monde » et « le débat doit avoir lieu sur le terrain économique et politique et non scientifique »

Personne ne peut prétendre sérieusement que la faim dans le monde sera résolue par les OGM. Il s’agit là d’un problème multifactoriel ou interviennent largement des données économiques et politiques. Cependant, les OGM peuvent être un facteur de progrès (développement de variétés adaptées aux sols secs ou salins, lutte contre les ravageurs etc…), et en cette matière tous les éléments possibles doivent être mis à contribution. Notons aussi que c’est aux pays pauvres de décider s’ils désirent ou non utiliser ces techniques et non aux intellectuels des pays riches de les empêcher d’en disposer. Là où les paysans ont eu la possibilité de faire ce choix sans pressions extérieures néocolonialistes, ils s’en montrent très satisfaits (Lire : OGM, le rêve chinois - Science et Vie N° 1010 - nov 2001)

Les OGM « ne correspondent à aucun besoin » puisque « 75% des OGM agricoles sont fabriqués pour résister aux herbicides » donc ne bénéficieront pas aux pays pauvres et qu’on « recherche désespérément les organismes crées à des fins médicales »

C’est en effet très regrettable, mais le meilleur moyen pour que les pays en voie de développement continuent à être défavorisés est de « vider les laboratoires » comme le prônaient dans un tract les militants qui sont venus saccager les serres du CIRAD à Montpellier. Laissons aux américains seuls la maîtrise de ces techniques et nous serons sûrs que les progrès seront essentiellement orientés vers la recherche du profit. Ce n’est pas mon choix ! J’espère que la recherche française et européenne, enfin libérée des pressions du lobby de la peur, fera pencher la balance vers des variétés utiles et novatrices.

On veut permettre « à quelques grands groupes de breveter le vivant » et empêcher que « le paysan réutilise d’une année sur l’autre ses semences »

Ne faisons pas un amalgame entre brevetage du vivant – qu’il faut, le plus souvent rejeter – et qui est d’ailleurs refusé par plusieurs pays dont la France et l’Allemagne, et problème de semences. Sur ce dernier facteur, il faut cesser de rêver. Les agriculteurs achètent déjà bien souvent leurs semences. Soient parce qu’il s’agit d’hybrides qui ne conservent pas leurs qualités lors de la reproduction, soient parce que les semences sont préretraitées pour un meilleur rendement. S’ils le font c’est qu’ils y trouvent leur compte, ce n’est pour faire plaisir aux semenciers. Que le producteur stocke une partie du revenu de sa récolte sous forme monétaire au lieu de stoker physiquement sa semence, avec les contraintes afférentes, en quoi est-ce anormal ? Que les industriels qui ont conçu les semences y trouvent leur bénéfice, en quoi est-ce scandaleux ? Le couturier qui conçoit un modèle ou l’artiste qui enregistre une chanson font payer pour le droit de reproduire. Ce qui est normal ici serait-il immoral là ?

« Quand l’Académie de Médecine met en avant les intérêts écologiques de la culture d’OGM, de qui se moque-t-elle ? ».

Je ne pense pas qu’elle se moque, puisque les plantes Bt constituent un grand espoir de solution pour le dramatique problème de pollution des eaux par les pesticides[7]. Quant aux plantes résistantes aux herbicides, leur apport peut sembler négatif à première vue puisqu’elles impliquent encore l’utilisation d’herbicide. Le problème est de savoir si elles en utilisent moins que celle auxquelles elles se substituent et il semble bien que ce soit le cas[8].

En conclusion, j’apprécie et estime à sa juste valeur la sincéritédes lecteurs, parfois fougueuse dans certaines lettres reçues, mais je pense que le débat sur les OGM – comme celui sur le nucléaire – doit avoir lieu dans la clarté. Les choix économiques et politiques, doivent se fonder sur des connaissances scientifiques exactes etne pas s'appuyer sur des à priori réactionnaires ou les fantasmes des marchands de peur. Si j’ai jugé bon de parler largement de la prise de position des académiciens, c’est qu’elle était, à ce moment, passée totalement inaperçue dans les médias, alors qu’on nous abreuve depuis des années d’un discours anti-OGM complaisamment accepté. Il faut d’ailleurs noter que depuis la parution de ces rapports, le ton commence à changer. De grands hebdomadaires, sans désavouer franchement leurs prises de positions passées, ont depuis publié, cette fois sous la plume de leurs chroniqueurs scientifiques, des articles beaucoup plus mesurés. Les attitudes de rejet global et la dramaturgie type « sauvetage de la planète » ont fait place au nécessaire débat sur le « pour quoi », le « comment » et le « pour qui ». Un débat qui, c’est vrai, reste à faire et auquel SPS peut, dans son domaine propre, apporter une modeste contribution !

Jean Brissonnet



[1]In SPS n° 256, rubrique « Du côté de la science ».

[2] GM science review - july 2003 - http://www.gmsciencedebate.org.uk

[3] Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

[4] voir OCDE «Evaluation de la sécurité des denrées alimentaires issues de la biotechnologie moderne : Concepts et principes» Paris 1995 - http://www.oecd.org/dataoecd/57/2/1946121.pdf)

[5] Rapport 2001 de l’ISAAA - http://www.isaaa.org/

[6] Comment, faire une étude, préalablement à la consommation, pour évaluer les effets des OGM sur la santé sans avoir la moindre idée de leurs effets… et sans en faire consommer à grande échelle.

[7] Voir SPS N°258 p2

[8] Lire : « OGM, Le vrai et le faux », Houdebine p 97 et suivantes.

 

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