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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Incapables de répondre sur le fond aux objections des rationalistes sur la valeur des pseudomédecines, leurs partisans convaincus en reviennent toujours à l'argument qu'ils jugent imparable : " Et pourtant, ça marche ! "

 

Il importe de voir ce qui se cache derrière cette affirmation qui d'ailleurs peut revêtir plusieurs aspects.

 

Testis unus, testis nullus ! (1)


Cette règle de droit reste fondamentale dans le domaine thérapeutique. Le témoignage type "histoire de pêche " est rigoureusement sans valeur. Or, c'est lui qui est généralement avancée en première intention.


" Ma fille de deux ans s’est cogné la tête contre le rebord de la table. Je lui ai immédiatement fait absorber "arnica " en granules. Le lendemain matin la bosse avait presque entièrement disparu. Vous ne pouvez nier que ça marche ! "


" Mon fils de cinq ans présentaient une rhino-pharyngite avec une légère fièvre. Mon homéopathe lui a prescrit " Kalium Sulfuricum ". Cela ne s'est pas aggravé et une semaine plus tard il était guéri sans antibiotiques. N'est-ce pas concluant ! "


" J’ai 40 ans et je fais beaucoup de marche. Préventivement, je me traite toujours avec "gelsenium ". Et je suis en pleine forme. Après cela pouvez-vous nier l'action des granules ?


On pourrait continuer longtemps la litanie de ces témoignages attendrissants. Que répondre ? Que l’on a entendu d'autres récits du même type dans d'autres domaines :


" Etant petite, je me suis brûlé en touchant la cuisinière, on m’a emmené en urgence chez le "panseu " du village. Il a récité des prières en faisant des signes cabalistiques au-dessus de la brûlure. L'accident n'a pas laissé la moindre cicatrice. Indéniablement il avait "le don ".


" J'avais des verrues, je suis allé vous un rebouteux. Il a soufflé dessus et m’a dit d’enterrer une pomme dans mon jardin en entrant chez moi. Il a affirmé que quand la pomme serait pourrie, les verrues auraient disparu. Vous pouvez me croire. C'est ce qui s'est passé. C'est cela le "savoir traditionnel " ! Et ca marche ! "


Bien sûr, ça marche ! Chaque fois qu'un charlatan passe au tribunal pour exercice illégal de la médecine, il ne manque pas de faire venir témoigner plusieurs patients convaincus qu’il les a guéris d'un (supposé) cancer. C'en est au point que l’Ordre des médecins renonce généralement à poursuivre ce genre de personnages de peur de leur faire de la publicité et d’augmenter ainsi leur notoriété... et leur fortune.


Vox populi, vox dei. (2)


Un autre argument imparable consiste à dire que, puisque les médecines douces sont populaires, c'est bien qu’elles sont efficaces. Quelle est exactement la nature de cette popularité ?


Lorsqu’un malade se rend chez un médecin qui le guérit, tout est dans la norme. Le malade ne va pas crier sur les toits que la médecine est formidable et son docteur extraordinaire. Le médecin fait son travail, c’est tout, pas de quoi en "faire un fromage ". Par contre, celui qui va consulter un homéopathe ou un chiropracteur et s'en trouve satisfait à l'impression d'avoir transcendé la norme et obtenu sa guérison par une voie originale, il lui semble avoir participé à une expérience novatrice et il se transforme derechef en prosélyte. Plus moyen d'évoquer devant lui le plus petit bobo sans qu’il vous impose l’adresse de son praticien marginal. A-t-on jamais vu quelqu’un s’écrier l'air extasié, "j’avais une bronchite, mon médecin m'a donné un antibiotique, quelle merveilleuse médecine ! " Il serait ridicule : bronchite + antibiotique = guérison, pas de quoi s’extasier ! Par contre : urticaire + granules = soulagement, quelle merveille !


Quant au déçu des aiguilles d'acupuncture ou, plus grave, au handicapé du chiropracteur, généralement il se tait, se sentant trop coupable d'avoir tenté cette médecine irrationnelle avant d'aller voir, comme il l’aurait du, un praticien compétent. Par contre que le médecin prescrive un traitement qui ne donne pas satisfaction ou qui présente des effets secondaires et là : " haro sur le baudet ".


En fait, c’est là que réside la popularité des pseudomédecines, on ne retient que leur (supposé) succès et on ne relate que les échecs (évidemment possibles) de la médecine scientifique.


Adieu veaux, vaches, cochons, couvée...


Lorsqu'ils ont tiré leurs dernières cartouches, les partisans des médecines douces et surtout ceux de l'homéopathie sortent de leur sac une botte secrète dont ils pensent tirer à coup sûr avantage.


Il ne s'agit pas d’effet placebo, affirment-ils l’air satisfait, puisque que ça marche sur les enfants et les animaux


En réalité, dans un livre (3) particulièrement bien documenté et qui fait référence en la matière, Jean-Jacques Aulas et Gilles Bardelay, tous deux médecins et pharmacologues, aidés du Dr Jean-François Boyer (qui a travaillé pendant six ans au sein d'un laboratoire homéopathique) et de Jean-Yves Gauthier (pharmacien, inspecteur de la santé à Paris), ont répertorié et commenté divers travaux expérimentaux sur l'homéopathie. Dans le domaine vétérinaire, leur conclusion est sans appel :


" Contrairement à ce que l'on entend et lit trop souvent, la démonstration rigoureusement scientifique de l'effet thérapeutique des remèdes homéopathiques en médecine vétérinaire n'est toujours pas faite ".


Quant aux enfants, les mêmes auteurs indiquent.


" En réalité, il n'existe aucun essai clinique rigoureux en pédiatrie. Une tentative récente d'essai contrôlé concernant le traitement d'affections rhinopharyngées chez les enfants d'une crèche a tourné court, et les résultats partiels obtenus sont tout à fait ininterprétables. "


En fait, on considère que les enfants et les animaux domestiques sont parfaitement accessibles à l’effet placebo. Seuls en sont exclus les animaux vivants en troupeaux éloignés de l'homme et pour lesquels les médecines douces n'ont évidemment pas encore cherché à faire leur preuve.


Un silence complice.


Les pseudomédecines, tout au moins celles qui sont pratiquées par des médecins, bénéficient, il faut bien le dire, du silence bienveillant, voire complice, de la grande majorité du corps médical. Ceci constitue tout de même un paradoxe. Lorsqu'une profession sait qu'il existe en son sein un certain nombre de charlatans, le réflexe habituel est de mettre en œuvre une procédure qui permettra d’assainir, de moraliser la profession, afin d’éviter que les brebis galeuses ne déconsidèrent l'ensemble du troupeau. Visiblement, les médecins ne réagissent pas de cette manière. Pourquoi ?


La première explication est purement formelle. Elle prend son origine dans le code de déontologie. Un médecin n’a pas le droit de critiquer la pratique d’un ou de plusieurs autres collègues sans faire preuve de "manque de confraternité ", ce qui peut être sanctionnés par le Conseil de l’Ordre. Cet argument ne tient pas vraiment, car si la réprobation était générale, le Conseil, instance élue, ne se laisserait pas influencer par le lobby des médecines douces.


Par ailleurs ce qu’on nomme couramment le "réflexe de chapelle " intervient probablement. On se couvre mutuellement, par principe, par solidarité professionnelle. Les médecins se critiquent volontiers entre eux, mais ils font bloc par rapport à l’extérieur.


Reste le plus important : les ambiguïtés et la difficulté du recours au placebo dans les maladies fonctionnelles. L'utilisation de placebo peut parfaitement se comprendre, mais il faut bien préciser que si les médecines douces agissent indéniablement par effet placebo, la réciproque n'est pas exacte et le placebo ne se réduit pas à l’utilisation des médecines douces. Certains médecins, les psychiatres en particulier, réclament la possibilité de disposer de placebos purs (même présentation sans matière active), ou de prescrire des placebos impurs (phytothérapie), pour les cas de maladies fonctionnelles ou de troubles psychiques bénins. Il serait préférable que cela soit admis, plutôt que de voir se développer des médecines porteuses d'une idéologie antiscientifique. Le vrai placebo est neutre par rapport à l'image de la science et n’attente pas à la raison. Les pseudomédecines s’opposent à la science, font le lit des sectes et valident la pensée irrationnelle (4).


La preuve.


Il ne faut jamais se lasser de répéter que la preuve scientifique de la validité d’un traitement ne peut s’obtenir qu’à partir de critères méthodologiques bien précis et par référence à quatre niveaux de preuves :


1a : argument tiré de méta-analyses d'essais randomisés et contrôlés.


1b : argument tiré d'au moins un essai randomisé et contrôlé. (Il y a randomisation quand la répartition des sujets testés dans les deux groupes (traitement ou contrôle) se fait à la suite d'un tirage au sort.)


2a : argument tiré d'au moins un essai contrôlé sans randomisation. (Un essai est contrôlé quand il comprend deux groupes de sujets, l'un recevant le traitement testé, l'autre un placebo ou un traitement comparatif.


2b : argument tiré d'au moins un autre type d'étude quasi expérimentale.


3 : argument tiré d'études descriptives, de corrélation, de cas contrôle.


4. argument tiré de "rapports de comités d'experts, d’opinion d'expert et d'expérience clinique d'autorités reconnues ".


Le niveau 1a correspond au niveau le plus fort de recommandation d'un traitement, le niveau 4 au plus faible. Même au niveau 4 on est encore loin de la simple constatation anecdotique qui prévaut dans les pseudomédecines!


L’utilisation d’un traitement n’est normalement autorisée que si le niveau de preuve maximum est satisfait.


Si les médecines douces ne bénéficiaient pas d’un régime de faveur inadmissible qui les met hors du champ de la commission d'autorisation de mise sur le marché et de celle de transparence, elles ne seraient pas autorisées. Voilà où réside le vrai scandale !


 


 

 

1) " Unique témoin, témoin nul ".


2) " La voix du peuple est la voie de Dieu ". Certains mauvais esprits transforment la phrase en "vox populi, vox asini "


3) " L’Homéopathie. Approche historique et critique et évaluation scientifique de ses fondements empirique et de son efficacité thérapeutique ", Ed Roland Bettex, coll. "prescrire ", 1985.


4) Voir sur ce site la lettre à un confrère, du Professeur Gilles Gounelle de Pontarel.


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