Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Les progrès de la connaissance ont provoqués depuis des temps fort reculés des réactions similaires de crainte et de rejet.

 

C'est ce sujet que traite Roy Lewis de façon magistrale dans un livre unique et désopilant dont voici un extrait.

 

"Pourquoi j'ai mangé mon père"


Ed Pocket "Actes Sud"


Un ouvrage à lire absolument !


 


 

 

Approchez homo sapiens! Ce livre vous fera hurler de rire! Faites la connaissance d'une famille préhistorique: Edouard, le père, génial inventeur qui va changer la face du monde en ramenant le feu; Vania, l'oncle réac, ennemi du progrès; Ernest, le narrateur, un tantinet benêt, Edwige, Griselda et autres ravissantes donzelles...


 


 

 

... La première dispute dont je me souvienne, entre ces frères si différents d'aspect et de comportement, s'était produite à propos du feu. Il faisait froid. J'étais accroupi à distance respectueuse de cette chose tortillante et rouge, toute nouvelle pour nous. Elle me semblait meurtrie mais furieusement vorace, et je regardais père l'alimenter avec une nonchalance splendide, mais circonspecte. Les femmes, assises toutes en tas, s'épouillaient mutuellement en jacassant. Ma mère, comme toujours, était un peu à l'écart. Elle mâchait la bouillie pour les bébés sevrés, et regardait père et son feu d'un air de sombre méditation. Et tout d'un coup l'oncle Vania fut parmi nous, silhouette énorme et menaçante. Il parlait d'une voix d'outre-tombe.


-T'y voilà donc, Edouard! grondait-il. J'aurais dû le deviner, que tôt ou tard nous en viendrions là. J'espérais, il faut croire, qu'il y aurait une limite à tes folies. Imbécile que j'étais : je n'ai qu'à tourner le dos une minute, pour te retrouver jusqu'au cou dans quelque ineptie nouvelle. Et maintenant, cela! cria-t-il. Edouard, écoute-moi bien. Ne t'ai-je pas mille fois averti, adjuré, supplié, en qualité de frère aîné, de t'arrêter à temps sur ta lancée calamiteuse, de réfléchir, de t'amender, et de changer de vie avant qu'elle ne t'amène tout droit, avec toute ta famille, vers un désastre irréversible! Cette fois, c'est avec une insistance dix fois multipliée que je te crie : Arrête ! Arrête, Edouard, arrête avant qu'il soit trop tard, si même il est encore temps, arrête...


Oncle Vania reprit haleine pour pouvoir terminer son discours pathétique mais un peu difficile à mener à bonne fin, et père put placer son mot :


- Tiens, Vania, il y a une éternité que nous ne t'avions vu. Allons, vieux, viens te chauffer un peu. Où donc as-tu été pendant tout ce temps-là?


Oncle Vania eut un geste d'impatience.


- Pas loin, enfin pas tant que ça. Si je dépends,pour la plus grande part de mon ordinaire, mais non exclusivement, Edouard, non exclusivement, de légumes et de fruits; et si la saison a été médiocre...


- Oui, dit père d'une voix compatissante, ça m'a tout l'air comme si nous allions avoir de nouveau une interpluviale. La sécheresse s'étend, pas de doute.


- On trouve dans la forêt, dit oncle Vania irrité, abondance de nourriture si l'on sait où la chercher.


C'est seulement question de régime, on n'est jamais trop prudent à mon âge. En primate raisonnable, j'ai donc été voir un peu plus loin si je ne trouverais pas des aliments conformes à mon état. Au Congo, pour tout dire. Il y a dans ce coin abondance de tout, pour tout le monde. Sans qu'il faille prétendre, dit-il avec une ironie grinçante, qu'on a les dents d'un léopard, l'estomac d'une autruche et les goûts d'un chacal, Edouard!


- Tu vas fort, Vania, protesta père.


- Je suis rentré hier, dit oncle Vania. Et je t'aurais de toute façon rendu visite un de ces jours. Mais j'ai compris tout de suite, quand la nuit est tombée, qu'il se passait, qu'il se tramait quelque manigance. Je connais onze volcans dans ce département, Edouard. Mais douze! J'ai flairé, j'ai pressenti que tu n'y étais pas pour rien. Angoissé, je m'élance, je cours, espérant encore contre toute espérance, j'arrive et que vois-je... ? Ma parole, il te faut à présent ton volcan particulier! Ah! cette fois, Edouard, t'y voici!


Père souriait facétieusement.


- Tu crois que m'y voici vraiment, Vania? demanda-t-il. Je veux dire : que j'ai vraiment atteint le seuil ? Oui, je me disais bien que ce pourrait l'être, mais comment en être tout à fait sûr... Un seuil, oui, sans doute, dans l'ascension de l'homme ; mais le seuil, est-ce que c'est bien ça ?


Père plissait comiquement les yeux, comme s'il était en proie à la plus vive angoisse. Nous lui voyions souvent prendre cette expression.


- Un seuil ou le seuil, je n'en sais rien, dit oncle Vania, et j'ignore ce que tu crois être en train d'accomplir, Edouard. De te pousser du col, ça, sûrement. Mais je te dis, moi, que tu viens de faire ici la chose la plus perverse, la plus dénaturée...


Mais père l'interrompit.


- Tu as bien dit " dénaturée " ? s'écria-t-il avec enthousiasme. Vois-tu, mon vieux Vania, depuis un bon bout de temps que nous nous sommes mis aux outils de silex, on pouvait dire qu'il y avait, dans la vie subhumaine, un élément non naturel, artificiel. Et peut-être que c'était ça, le seuil, le pas décisif. Et peut-être que maintenant, nous ne faisons plus que progresser. Seulement voilà : toi aussi tu tailles le silex, tu te sers de coups-de-poing. Alors pourquoi m'accuses-tu?


- Encore! dit oncle Vania. Nous avons déjà discuté mille fois de cette question. Je t'ai déjà dit mille fois que, si l'on reste dans des limites raisonnables, les outils, les coups-de-poing ne transgressent pas vraiment la nature. Les araignées se servent d'un filet pour capturer leur proie ; les oiseaux font des nids mieux construits que les nôtres; et j'ai vu, il n'y a pas longtemps, une troupe de gorilles battre comme plâtre une paire d'éléphants - oui, tu m'entends, des éléphants! - avec des triques. Je suis prêt à admettre, tu vois, qu'il est licite de tailler des cailloux, car c'est rester dans les voies de la nature. Pourvu, toutefois, qu'on ne se mette pas à en dépendre trop : la pierre taillée pour l'homme, non l'homme pour la pierre taillée ! Et qu'on ne veuille pas non plus les affiner plus qu'il n'est nécessaire . Je suis un libéral, Edouard, et j'ai le cœur à gauche. Jusque-là, je peux accepter. Mais ça, Edouard, ça! Cette chose-là! dit-il en montrant le feu, ça, c'est tout différent, et personne ne sait où ça pourrait finir. Et ça ne concerne pas que toi, Edouard, mais tout le monde! Ça me concerne, moi! Car tu pourrais brûler toute la forêt avec une chose pareille et qu'est-ce que je deviendrais?


- Oh! dit père, je ne crois pas que nous en viendrons là!


- Tu ne crois pas, vraiment s'exclama l'oncle. Ma parole, peut-on te demander, Edouard, si tu possèdes seulement la maîtrise de cette... chose ?


- Euh... eh bien, plus ou moins, sûrement. Oui, c'est ça, plus ou moins.


- Comment ça, plus ou moins ! Tu l'as ou tu ne l'as pas, réponds, ne fais pas l'anguille : peux-tu l'éteindre, par exemple?


- Oh! ça s'éteint tout seul, suffit de ne pas le nourrir! dit père sur la défensive.


- Edouard! dit oncle Vania. Une fois de plus je te préviens : tu as commencé là un processus que tu n'es pas sûr d'être en mesure d'arrêter. Ça s'arrêtera tout seul si tu ne le nourris pas, dis-tu ? Et s'il lui prenait la fantaisie de se nourrir tout seul, qu'est-ce que tu ferais? Tu n'y as pas pensé?


- Ça n'est pas arrivé, dit père avec humeur, pas encore. Le fait est qu'au contraire ça me prend un temps fou à garder en vie, surtout par nuits humides.


- Alors cesse de le garder en vie plus longtemps, laisse-le mourir! dit oncle Vania. Je te le conseille gravement, sérieusement. Cesse, avant d'avoir provoqué une réaction en chaîne. Cela fait combien de temps déjà que tu joues ainsi avec le feu ?


- Oh, j'ai découvert le truc il y a plus d'un mois, dit père. Vania, tu ne te rends pas compte, c'est un truc fascinant. Absolument fascinant. Avec des possibilités prodigieuses! Ne serait-ce que le chauffage, ce serait déjà un grand pas, mais il y a tellement d'autres choses! Je commence seulement d'en faire une étude sérieuse. C'est pharamineux. Tiens, prends la fumée, tout simplement : crois-le ou non, cela asphyxie les mouches et chasse les moustiques. Oh, bien sûr, c'est une matière difficile que le feu, et d'un maniement délicat. De plus, ça bouffe comme un ogre. Plutôt méchant, avec ça : à la moindre inattention, cela vous pique comme le diable. Mais c'est, vois-tu, vraiment quelque chose de neuf. Qui ouvre des perspectives sans fin et de véritables.Un hurlement l'interrompit. Oncle Vania dansait, il sautillait sur un seul pied. J'avais bien remarqué, avec beaucoup d'intérêt, que depuis un moment il se tenait debout sur une braise ardente. Trop excité par la dispute pour s'en apercevoir il n'avait remarqué ni l'odeur ni le sifflement. Mais à présent la braise avait mordu tout à travers le cuir épais de son talon.


- Yah! rugit oncle Vania. Ça m'a mordu! Ouillouile ! Toi, Edouard, imbécile, ne te l'avais-je pas dit? Vous y passerez tous, elle vous mangera tous, ta stupide trouvailles Ah! vous voulez danser sur un volcan vivant! Edouard, j'en ai fini avec toi! Ta saloperie de feu va vous éteindre tous, toi et ton espèce, et en un rien de temps, crois-moi! Yah! Je remonte sur mon arbre, cette fois tu as passé les bornes, Edouard, et rappelle-toi, le brontosaure aussi avait passé les bornes, où est-il à présent? Adieu. Back to the trees! clama-t-il en cri de ralliement. Retour aux arbres!


A suivre...



Articles récents

Hébergé par Overblog