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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Cet article est publié ici avec la permission de son auteur Olivier Beaufays.

Il a été publié dans la revue Sport et Vie n°127

Vieille comme le monde, la magnétothérapie connaît un regain de succès depuis quelques années. Bijoux, bandes de contention, oreillers, matelas, tapis et même des brosses à cheveux: on trouve des aimants partout.

 En lisant les argumentaires de vente de tous ces objets aimantés qui pullulent dans les magasins New Age, on se dit que les aimants sont décidément doués de puissants pouvoirs thérapeutiques. Pour les hommes qui souffrent d'un adénome prostatique, voici un dispositif qui les dégage de l'impérieuse nécessité de se rendre aux toilettes toutes les dix minutes. Pour les dames tourmentées par les ridules atour des yeux, voilà le masque à porter trente minutes par jour qui remplacera efficacement toutes les crèmes anti-âge et rendra au visage "tout l'éclat de sa jeunesse". Des bandeaux incrustés d'aimants sont chargés de lutter contre la migraine, les maux de dos ou l'arthrose. On en trouve aussi à appliquer sur le corps de façon à activer la circulation sanguine, drainer les déchets ou même favoriser la cicatrisation des tissus. Si la plupart des marques évoquent les effets des aimants en des termes très évasifs comme "bien-être", "harmonie", "rééquilibrage des énergies", d'autres plus hardies promettent de guérir du cancer (*). Notez que cela n'a rien de véritablement nouveau. Les guérisseurs s'intéressent depuis longtemps aux prétendus pouvoirs des pierres magnétisées. Dans l'Antiquité, les Grecs fabriquaient déjà des objets en magnétite pour soulager les douleurs de l’arthrite. Plus tard, au Moyen Âge, la magnétothérapie servait aussi à désinfecter les plaies et à freiner la calvitie. On disait que ces aimants, placés sous l'oreiller, avaient l'originalité de faire avouer leurs péchés aux épouses infidèles. Au début du XVIe siècle, le célèbre médecin suisse Paracelse (1493-1541) émit une théorie à laquelle de nombreux adeptes souscrivent encore aujourd'hui à savoir que les aimants ont le pouvoir d'expurger l'organisme de ses microbes de la même façon qu'ils sont capables d'attirer à eux la limaille de fer. La magnétothérapie trouve ainsi une première assise théorique et, deux siècles plus tard, elle investit le monde des maladies mentales avec Franz Anton Mesmer (1734-1815) qui s'en sert notamment pour guérir une jeune patiente de sa vésanie. Mesmer inventera un "baquet" capable de soigner plus de trente patients à la fois. Cette caisse circulaire remplie d'une couche de verre pilé et de limaille de fer était reliée à des tiges en métal qui pouvaient être en contact avec différentes parties du corps du malade (**). Plus tard, Mesmer abandonna le "magnétisme minéral" au profit de la théorie dite du "magnétisme animal" qui sous-entendait que la force de guérison provenait de la présence du guérisseur lui-même et pas des aimants utilisés. Ce faisant, il s'affranchissait aussi de la tutelle encombrante du père jésuite Maximilien Hell qui avait été le premier à utiliser des plaques aimantées dans un but thérapeutique et qui revendiquait la paternité de la méthode. La magnétothérapie connut un nouvel essor à la fin du 19ème siècle avec les extraordinaires conquêtes de la fée électrique. On vit apparaître les premiers vêtements "magnétisés", notamment en 1886 un costume complet contenant pas moins de 700 aimants, fournissant d'après le catalogue "une aide pleine et complète à tous les organes vitaux du corps". Sans doute celui-ci ne dépareillerait-il pas au catalogue de certaines boutiques ésotériques actuelles, sinon peut-être pour une question de coupe. Comment expliquer cette nouvelle jeunesse d'une méthode vieille de plusieurs siècles et régulièrement abandonnée faute de résultats? D'après les adeptes de la magnétothérapie, les aimants ou le courant électrique d'aujourd'hui sont plus puissants qu'autrefois et donc susceptibles de pénétrer les tissus plus en profondeur. Et puis surtout la progression de nos connaissances scientifiques permettrait de mieux cibler les zones sensibles.

Les aimants ont connu un grand succès dans les années 80, notamment auprès des rugbymen qui n'hésitaient pas à prétexter l'ablation d'un point de beauté pour cacher un aimant sous leur pansement. 

 

Une bonne théorie, pour les pigeons

Ces explications paraissent tout de même très nébuleuses. Certes, on sait que les cellules qui nous constituent sont sensibles aux influences d'un puissant champ magnétique. En imagerie médicale, on se sert même de ces spécificités pour différencier les tissus. Mais d'abord, ces transformations sont temporaires. Elles ne durent que le temps du test. De plus, le champ magnétique utilisé pour les IRM (jusqu'à 10 teslas) est infiniment plus puissant que celui des bijoux à visées thérapeutiques (+/- 0,1 tesla). On se montrera donc très prudent avant d'adhérer à des théories selon lesquelles les champs magnétiques stimulent le fonctionnement de nos cellules. On fera même preuve de scepticisme vis-à-vis d'arguments a priori plus recevables comme ceux qui évoquent une meilleure oxygénation des zones placées sous leur influence. Certes, le sang contient du fer. Il serait donc intuitif que des aimants placés sur la peau tirent à eux les globules rouges. Le hic, c'est que le fer de l'hémoglobine échappe aux influences magnétiques. Du coup, les aimants n'exercent aucune influence sur le débit sanguin comme le démontrent les travaux de Harvey Mayrovitz, professeur au collège des sciences médicales à l'université Nova Southeastern de Miami qui a comparé les mains de seize volontaires en bonne santé (1). L'une était munie d'un disque magnétique de 1000 gauss (0,1 tesla) et l'autre d'un disque identique mais non aimanté. Au final, on n'a remarqué aucune différence significative entre les deux mains au niveau de l'augmentation ou de la rapidité du flux sanguin. Dont acte! Reste alors la théorie dite du "syndrome de déficience du champ magnétique", énoncée dans les années 50 par le docteur japonais Kyoichi Nakagawa. Celui-ci défend l'idée que la thérapie magnétique ne ferait en somme que compenser la perte du champ magnétique terrestre. Les spécialistes estiment en effet que notre planète se démagnétise petit à petit. Le champ magnétique aurait ainsi diminué selon les sources entre 6 et 10% depuis 1830 et des éléments indirects suggèrent même une décroissance de l'ordre de 30% au cours du dernier millénaire. Certaines sectes se servent de cette observation (probablement cyclique) pour annoncer la fin du monde. D'autres sociétés en font un argument pour vendre des aimants. Dans les deux cas, c'est faire grand cas d'un phénomène auquel nous sommes très peu sensibles, contrairement à d'autres espèces animales comme les pigeons ou les anguilles, et dont l'écho se perd de toute façon dans un "bruit" magnétique bien plus puissant lié à la prolifération des appareils électriques domestiques dans notre environnement.  

 

Le mystère de la grande pyramide

 En 1987, un rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé stipulait que l'usage d'aimants n'avait aucun effet néfaste sur le corps humain. Plusieurs sociétés s'abritèrent derrière cet argument pour promouvoir des appareils d'apparence sophistiqués au prétexte que si cela ne fait pas de mal, c'est déjà un bien! La marque Nikken compte parmi les poids lourds de ce marché. Créée au Japon en 1975 et présente en Europe (par la Hollande) à partir de 1997, elle étend aujourd'hui ses activités dans une quarantaine de pays et vend des appareils officiellement inspirés de travaux menés au sein de la NASA, ce qui fait beaucoup rire l'écrivain Bernard Raquin. Sur son site, celui-ci s'amuse à démontrer l'absurdité de ce discours commercial et l'inanité des tests (1). Ainsi il propose de remplacer le MagCreator, un rouleau de massage à infrarouges (262 euros), par une bonne bouteille de pinard pour un résultat identique. Il a aussi démontré que n'importe quelle poêle en téflon faisait fondre plus rapidement un glaçon qu'une plaque biocéramique Nikken (57 euros). Ces expériences sans prétention n'ont pas eu l'heur de plaire à Nikken qui intenta une action en justice auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris. La société demandait la fermeture du site et 5000 euros de dommages. Au bout du compte, c'est elle qui fut condamnée à verser les 800 euros à l'hébergeur du site. Première grosse déconvenue. D'autant que beaucoup d'autres critiques planent sur cette société qui se développe grâce à un recrutement de proches en proches que certains n'hésitent pas à comparer aux techniques à l'œuvre dans les sectes religieuses. En termes de marketing, on parle de "réseau", de "pyramide" ou même de "cercle d'abondance"Cette méthode consiste à utiliser les vendeurs pour en convaincre d'autres et grimper ainsi au cœur d'une hiérarchie interne à la société qui leur promet de participer plus avantageusement à la répartition des bénéfices (2). Face à des exigences de vente de plus en plus difficiles à assumer, certains vendeurs font parfois le choix de devenir leurs propres clients. Un jeu très dangereux! Toute l'information sur Nikken se trouve dès lors biaisée par les interventions de ceux qui croient encore aux promesses de la société et ceux qui, dégoûtés, dénoncent l'arnaque après avoir perdu tout espoir d'un jour récupérer leur mise. 

(1) www.bernard-raquin.fr

(2) www.charlatans.info/nikken.php


 
La preuve de rien du tout!

 Bien sûr, ce genre de discours risque de déplaire à tous les patients qui, du jour au lendemain, ont retrouvé un sommeil de qualité en changeant de matelas. Beaucoup de médecins sont épatés par ce type de guérison miraculeuse. Cela dit, qui oserait prétendre qu'il a mal dormi sur un matelas à 2000 euros? Quant aux patches ou aux colliers qui se targuent de faire disparaître la migraine, comment mesurer leur influence exacte? Leurs prescripteurs recommandent de les porter dès l'apparition des premiers symptômes et de l'enlever aussitôt qu'ils ont disparu. Sans autre précision. Dans ces cas-là, n'importe quel traitement afficherait un taux de réussite de 100%! Cela sera certainement vrai pour des maux de tête dont on sait par ailleurs qu'ils réagissent très bien à l'effet placebo comme démontré par une étude allemande. Lors de celle-ci, on avait demandé à des vrais acupuncteurs de traiter des patients céphalalgiques tandis que d'autres pseudo-thérapeutes d'apparence identique piquaient au hasard (2). Au bout du compte, cela ne changeait rien. La fréquence des migraines diminuait dans les deux groupes dans des proportions plus ou moins identiques. Alors, si la démonstration fonctionne avec des aiguilles, pourquoi pas avec des aimants? L'expérience suivante est l'œuvre de Tim Harlow, du Collège de chirurgie de Cullompton en Angleterre. En double aveugle contre placebo, il a testé un bracelet aimanté sur 194 personnes âgées de 45 à 80 ans souffrant de douleurs articulaires (3). Après trois mois, aucune différence significative n'apparaissait entre les deux groupes. Ces résultats rejoignent ceux d'une équipe de chercheurs du New York College of Podiatric Medicine qui ont fait porter une semelle à 34 patients souffrant du talon: 19 avec une lame magnétique et 15 sans (4). Si 60% des patients se sentirent mieux après quatre semaines, il n'y avait aucune distinction entre les deux groupes. Enfin, le Docteur Billow de la clinique de Rochester dans le Minnesota a mené une étude auprès de 101 patients souffrant du talon ou du pied (5). La moitié portait des semelles munies d'aimants bipolaires, l'autre des semelles dotées de faux aimants. Au bout de huit semaines, 35% des patients portant les semelles aimantées disaient se sentir mieux mais ils étaient également 33% dans le groupe placebo. Pour conclure, laissons la parole à Paracelse que beaucoup considèrent comme le père de la thérapie magnétique mais qui semblait lui aussi bien persuadé des pouvoirs suggestifs de l'esprit. "L'esprit est le maître", disait-il. "L'imagination est l'instrument, le corps est le matériau plastique. L'atmosphère morale entourant le patient peut avoir une forte influence dans le cours de la maladie. Ce qui marche n'est pas la malédiction ou la bénédiction, mais l'idée. L'imagination produit l'effet."

 

(*) Plusieurs publicités pour ces appareils ont été interdites en France en regard du code de la santé publique, qui interdit "la publicité pour un objet, appareil ou méthode présenté comme bénéfique pour la santé lorsqu'il n'est pas établi que ledit objet, appareil ou méthode possède les propriétés annoncées."

(**) On peut le voir au Musée d'histoire de la médecine à Lyon

 

Références

(1) Effects of permanent magnets on resting skin blood perfusion in healthy persons assessed by laser doppler flowmetry and imaging. Mayrovitz HN et al., Bioelectromagnetics, 2001.

(2) Acupuncture in patients with tension-type headache: randomised controlled trial. Melchart D. et coll., British Medical Journal, 29 juillet 2005.

(3) Randomised controlled trial of magnetic bracelets for relieving pain in osteoarthritis of the hip and knee. Dr Tim Harlow and al., BMJ décembre 2004

(4) Evaluation of magnetic foil and PPT Insoles in the treatment of heel pain. Journal of the American Podiatric Medical Association 87:11-16, 1997. Caselli MA et al.

(5) Bipolar permanent magnets for the treatment of chronic low back pain. JAMA 283:1322-1325, 2000, Collacott EA et al.

 

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