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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Publié le par Jean Brissonnet

Les députés ont voté mercredi matin en commission un amendement présenté par Madame Annie LE Houerou (députée PS) qui stipule que dans les zones denses, un jeune médecin ne pourra s'installer en étant conventionné à l'assurance maladie que lorsqu'un médecin libéral de la même zone cessera son activité.

Cet amendement est une timide avancée vers la résolution du problème des déserts médicaux

Comme on peut le voir, ceci ne résoudrait en rien le problème de fond puisque les régions sur médicalisé le restauraient et que les citoyens seraient encore très loin de disposer, quel que soit leur lieu de résidence d'un égal accès aux soins.

Avouons quand même que cette députée fait preuve d'un certain courage.

Bien entendu, le Conseil de l'Ordre des médecins a immédiatement poussé des cris d'orfraie. Il publie dans le Figaro un article dont il serait trop long de dénoncer ici toutes les contrevérités et les affirmations de défense catégorielle.

C'est pourquoi, pour ceux qui n'auraient pas mon  dernier livre ,je livre ci-dessous, avec la générosité qui me caractérise, le passage dans lequel je traitais justement le problème de la démographie médicale.

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Il existe de nombreuses classifications professionnelles. Elles prennent en compte des éléments extrêmement divers et ne permettent pas d'établir des caractéristiques claires. En fait, si l'on veut raisonner simplement, les professions se distinguent par deux facteurs : d'où vient la rémunération et où se trouve le lieu d'exercice.

En ce qui concerne la rémunération, l'ensemble des travailleurs peut être séparé en trois catégories :

- Les professionnels indépendants qui tirent leurs revenus des produits qu'ils vendent ou des services qu'ils fournissent. C'est le client qui rémunère le professionnel sur ses fonds propres. On y trouve aussi bien le charcutier, que l'avocat ou l'architecte. Le lieu d'exercice est le fruit de l'offre et de la demande. C'est ce qui explique, par exemple, la disparition des commerces de proximité dans les petits villages.

- Les salariés qui reçoivent une rémunération fournie par un employeur. C'est le cas de tous les employés de l'industrie, du commerce ou de l'agriculture. Le lieu d'exercice est tout simplement déterminé par l'endroit où le travailleur trouve un emploi conforme à sa qualification.

- Les fonctionnaires et tous ceux qui peuvent leur être assimilés, c'est-à-dire tous ceux dont les revenus proviennent d'un organisme collectif (État, collectivités territoriales, collectivités sociales). On y trouve bien entendu les militaires, les enseignants, mais aussi les pharmaciens propriétaires d'officines, dont le revenu provient des caisses de sécurité sociale ou des mutuelles. Ces travailleurs, du fait de la provenance de leurs revenus, remplissent une fonction de service public. De ce fait, le gendarme rejoint son unité sans discuter, le professeur est affecté au lycée où des élèves ont besoin de lui, quant au pharmacien, il ne peut ouvrir une officine que dans les lieux où le besoin s'en fait sentir afin d'assurer sur tout le territoire un accès égal aux produits de santé.

Dans quelle catégorie peut-on classer le médecin ? Il y a un siècle, il était incontestablement un travailleur indépendant. Il mettait ses compétences à la disposition des malades qui le rémunéraient personnellement pour ce service. Ce qui explique qu’à cette époque, beaucoup de citoyens pauvres, n'avaient que peu, ou même pas du tout, recours à ses services et que la localisation des médecins découlait (comme pour les boulangers) du jeu de l'offre et de la demande. Ce temps-là est heureusement révolu. Depuis la mise en place de la sécurité sociale et sa généralisation à l'ensemble de la population, la rémunération du médecin provient des caisses de sécurité sociale et des mutuelles (tout comme le pharmacien). On s'attendrait en échange à ce qu'il soit maintenant tenu de fournir un service public et donc d'exercer en un lieu qui permette l'accès aux soins égal pour tous les citoyens. Or il n'en est rien ! Contre toute logique, le médecin a gardé sa liberté d'installation, comme par le passé.

Face à cette anomalie, les gouvernements successifs ont tenté de restaurer le jeu de l'offre et de la demande en laissant de plus en plus de frais à la charge du patient par le biais de ce qu'ils appellent un « ticket modérateur ». Vu la modicité de cette charge pour la majorité des citoyens, le système ne fonctionne évidemment pas. Il ne pénalise que les plus modestes.

On comprend aisément que la perspective que soient mises en place, comme dans les autres pays, des « mesures contraignantes de régulation de la démographie médicale », soit mal perçue par les médecins. Est-ce une raison suffisante ? Les médecins constituent-ils une catégorie exonérée du droit commun ? Le militaire qui voit son unité affectée en Afghanistan n'obéit pas toujours de gaieté de cœur. Quant au jeune agrégé montpelliérain qui reçoit sa nomination pour Hénin-Beaumont, il est rare qu'il saute de joie.

Ajoutons que, selon certains, cette disparité dans la répartition géographique présente des effets pervers. Le jeune médecin naïf, cynique ou mal informé qui persiste à s'installer dans une ville surmédicalisée a de grandes difficultés à se créer une clientèle. Certaines mauvaises langues prétendent alors que pour y parvenir, il va parfois faire preuve d’une grande ouverture d’esprit en ce qui concerne les prescriptions de complaisance (séances de kinésithérapie, congés de maladie, cures thermales…). Nombreux sont les témoignages en ce sens, mais aucune statistique ne permet évidemment de faire la preuve d’un tel comportement. À moins bien sûr qu'ils ne se convertisse soudainement à l'homéopathie ou à la phytothérapie…

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Face à un Ordre des médecins qui s'occupe moins de déontologie que de préserver les avantages acquis et de s'opposer à toute réforme de la médecine, il existe heureusement des praticiens lucides et novateurs.

C'est pourquoi je citerai ici (comme je l'ai fait lors de ma dernière conférence), la parole du professeur Guy Valencien qui écrit  dans un article paru dans les échos le 23 octobre 2015 et intitulé « pour une autre médecine »:

«Ne nous voilons pas la face : la médecine a perdu son caractère libéral depuis que la Sécurité sociale subventionne les médecins.

Une réforme profonde des études médicales intégrant ces nouvelles pratiques est nécessaire ainsi que d'autres modes de rémunération et une concentration des professionnels regroupés dans des maisons et centres de santé....

Il est urgent d'entreprendre cette mutation pour servir les malades et les blessés qui se confient à nous ! »

 


[1] Rappelons que l'ordre national des médecins a été fondé par le régime de Vichy afin de pourchasser les médecins juifs. De nombreux médecins dénoncent son opposition systématique à toute évolution de la médecine (voir le contre ordre)

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Publié le par Jean Brissonnet

Martin Winclair vient plein de publier un nouvel ouvrage intitulé : « Les brutes en Blanc ».

Sans l'avoir lu, je peux penser qu'il s'agit d'une reprise étoffée de tous les cas de maltraitance médicale qu'il a déjà dénoncée sur son site. S'il étend sans précaution cette attitude à tous les médecins alors je suis d'accord qu'il s'agit d'une généralisation hâtive (mais cela reste à démontrer).

Le problème n'est pas de savoir si certains médecins sont immondes et si d'autres sont parfaits, mais de savoir dans quelle PROPORTION.

N'étant pas médecin, je n'ai pas comme Martin Winclair recueillis les confidences privées de ces maltraitances, mais je suis pourtant persuadé qu'elles existent et qu'elles sont nombreuses. À la fin des multiples conférences que j'ai été amené à effectuer, je suis amené à discuter avec les partisans des médecines non conventionnelles et la réponse finale que j'obtiens est toujours la même : les patients ne se tournent pas vers les médecines non conventionnelles par adhésion, ils s'y tournent par rejet du comportement des médecins de ville. Poussés dans leurs derniers retranchements leurs réponses sont toujours les mêmes : « j'en ai assez d'être reçu en 10 minutes et de partir avec une ordonnance de cinq lignes sans qu'on m'ait adressé plus de trois phrases», «J'en ai assez d'être infantilisé et de ne jamais avoir la possibilité de donner mon avis », « j'en ai assez d'être coupé au bout de quelques secondes [1] sans que l'on ait prie le temps d'entendre mes problèmes en détail », « J'ai l'impression d'être une machine qu'on emmène pour une réparation »…

Christian Lehmann, fait à Martin Winclert une réponse qui laisse très mal à l'aise. Qu'il dénonce chez son collègue une généralisation hâtive est peut-être justifiable, mais la lecture de son article laisse l'impression d'un angélisme autosatisfait totalement irréaliste. Si plus de la moitié des patients des patients se tournent chaque année vers les médecines non conventionnelles ce n'est certainement pas parce que les médecins de ville ont une altitude satisfaisante[2].

Je dis médecins de ville, car je ne confonds pas avec les médecins ou les personnels hospitaliers qui dans leur très grande majorité ont un comportement très satisfaisant de l'avis des patients. D'ailleurs pour travailler dans le secteur public lorsqu'on est médecin ou infirmier il faut être un humaniste, presque un héros, puisque l'on pourrait gagner beaucoup plus en travaillant beaucoup moins en s'installant dans le secteur privé.

Quant à dire comme le prétend Christian Lehmann que l'enseignement donné aux futurs médecins est globalement satisfaisant, c'est ignorer la réalité . Lorsqu'un professeur, lors de son premier cours de seconde année, annonce à ses élèves: « vous êtes maintenant l'élite de la nation » peut-on attendre de ceux-ci par la suite une certaine humanité. Les médecins seraient l'élite de la nation. Des professionnels au-dessus de toute critique. Des citoyens qui peuvent agir sans contrôle. Des professionnels qui peuvent accumuler les actes à la manière des stakhanovistes du passé.

C'est pourquoi je considère que face aux problèmes que connaît la médecine aujourd'hui ces chamailleries sont dérisoires!

Une réforme profonde de la médecine, de son fonctionnement et des études médicales est vitale. Les médecins doivent avoir l'obligation de pratiquer une (VRAIE) EBM ( voir ici) pour se préparer à la médecine globale que prône le professeur Guy Valencien.

Encore faudrait-il que la "noblesse de blouse" se décide à faire sa nuit du 4 août et, cessant de se considérer comme une profession libre de prescrire des granules vides, de louer des méridiens imaginaires, de pratiquer la criminelle médecine de Hamer et de servir de passerelle pour les sectes, elle accepte les mêmes obligations de service public et de contrôle que tous les fonctionnaires qui sont payés par une collectivité sociale ou nationale (ce qui est le cas des médecins).

Hélas ! Le lobby médical est surpuissant et les politiques sont impuissants, car : « on ne touche pas à une profession qui reçoit chaque jour 40 électeurs dans son cabinet [3]».

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[1] En fait, d'après une étude publiée par la société française de sémiologie et de pathologie mammaire en novembre 2005 : « le temps dédié aux consultations conventionnelles est souvent insuffisant, avec un temps moyen de sept à 13 minutes et une interruption possible du discours du patient par son médecin au bout de 18 secondes »

[2] Les chiffres fournis par les différentes études sont fluctuants et vont de 48 % à 75 %.

[3] Phrase attribuée à Konrad Adenauer.

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