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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Publié le par Jean Brissonnet
Publié dans : #Au fil du temps

Ma boîte à lettres sur laquelle est clairement affiché que je refuse toute publicité m'a cependant livré, il y a quelques jours, un magazine évidemment gratuit, dont je dois sans doute être le destinataire du fait de mon état de retraité. Je suis donc le candidat rêvé pour cette mine d'or qui, parmi les maladies chroniques de ceux qui avancent en âge, est une pépite qui fait la fortune de bon nombre de membres du corps médical: l'arthrose.

Ce magazine intitulé « Pleine vie » annonçait à la une l'article phare de la publication : « arthrose (coût, genou), les médecines douces soulagent vraiment ! » Suivaient des sous-titres qui ne laissaient aucun doute sur les orientations de l'article : « douleurs naissantes ou chroniques, les solutions naturelles pour les oublier » et « Phyto, homéo, ostéo, thermalisme : les traitements efficaces ».

Le décor était planté.

Je feuilletais alors d'un œil serein cette publication m'attendant à y trouver les habituelles litanies et les affirmations gratuites des partisans des médecines non conventionnelles.

C'est alors que mon attention fut attirée par la colonne qui indiquait les noms et les titres des « experts » qui avaient été sollicités et parmi lesquels on pouvait trouver la professeure Martine Cohen-Solal, rhumatologue, directrice de l'unité Inserm 11-32, biologie de l'os et du cartilage, hôpital Lariboisière à Paris.

Hélas, il me fallut vite déchanter, car dans la même colonne avec le même formatage se trouvait le docteur Didier Feltesse médecin ostéopathe, le docteur Éric Lorrain ostéopathe phytothérapeute, le docteur Jean-Louis Masson homéopathe et Vincent Renard chiropracteur, porte-parole de l'association française de chiropraxie.

La lecture de l'article me fit comprendre comment il était possible de manipuler une authentique scientifique pour la faire cautionner, involontairement j'espère, les affabulations de ces croyants.

Mise à part une rapide introduction destinée à définir la maladie et un encadré qui indique les nouvelles pistes thérapeutiques, la professeure Cohen-Solal n'avait nulle part la possibilité de donner sa caution explicite aux médecines non complémentaires (dites douces) ici encensées.

Le cœur de l'article ne donnait la parole qu'aux autres « experts ». Le docteur Feltesse enfonçait une porte ouverte en rappelant que le cou est « une zone très mobile et fragile, car peu protégée », quant au docteur Lorrain lui aussi ostéopathe, il précisait que « le diagnostic ne peut être posé qu'après la radiographie ». C'est ce qui s'appelle donner un coup de pied de l'âne à tous les ostéopathes non médecins, qui eux ne peuvent pas prescrire de radiographie. Malin non ! Le phytothérapeute proposait une formule-choc composée d'« extraits fluides de plantes fraîches standardisées préparées en pharmacie », quant à l'homéopathe il nous conseillait sans honte 5 granules de radium bromatum 9 CH, une à trois fois par jour. Le thermalisme n'était pas lui non plus oublié puisqu'on y affirmait en grosses lettres son « efficacité prouvée dans la gonarthrose » et que les eaux soufrées étaient fort bénéfiques. La preuve de tout cela nous était apportée en nous priant de nous référer au site des thermes de Cauterets ou de la station thermale de Jonzac. Nul doute que l'on puisse trouver sur ces sites des références de grandes qualités publiées dans les journaux internationaux à comité de lecture et totalement indépendantes de tout intérêt économique.

Tout cela ne prêterait évidemment qu'à rire si une authentique scientifique n'était mélangée à cette soupe indigeste. Je me suis donc fait un devoir de prévenir la professeure Cohen-Solal du rang auquel elle avait été ravalée.

Je lui ai donc fait parvenir un courriel.

Après m'être présenté, j'ai écrit : « Si je vous contacte aujourd'hui, c'est que je viens de recevoir gratuitement une revue intitulée « Première vie, le magazine des couleurs du temps ». Vous trouverez en pièces jointes les pages 6 et 7 de cette revue dans laquelle vous êtes citée.

Dans ce dossier sur l'arthrose du cou et du genou suivi en gros caractères par : « les médecines douces qui vous soulagent » vous êtes citée en tant qu'experte au côté d'un médecin ostéopathe, d'un ostéopathe phytothérapeute, d'un homéopathe et d'un chiropracteur.

La lecture du dossier ne vous évoque clairement que dans son introduction dans laquelle vous êtes cités de manière irréprochable et dans un encadré intitulé « les nouvelles pistes thérapeutiques » où l'on parle de votre projet de l'équipe l'unité Inserm 11-32 de l'hôpital Lariboisière et dont le contenu est parfaitement conforme à ce que l'on attend de la médecine basée sur les preuves.

Ce qui m'amène à vous, c'est que le reste du dossier est une véritable propagande pour les médecines non conventionnelles avec comme seule référence « la chaîne thermale du soleil », « les thermes de Cauteret » et les affirmations purement gratuites et non référencées de ceux qui sont cités avec vous, à égalité, comme experts.

Ce qui me choque dans ce dossier ce n'est pas la propagande qui est faite pour ces pseudo médecines. Ce journal n'est malheureusement pas le seul à se livrer à ce genre de démagogie. Par contre, le contexte et la rédaction du dossier sont faits de telle manière que le lecteur moyen considérera que vous avez validé l'ensemble de ce dossier. Une fois de plus, ces médecines non prouvées font appel à l'argument d'autorité d'un authentique expert scientifique. Vous !

Ma question est la suivante : «Étiez-vous au courant de la manière dont était rédigé ce dossier, étiez-vous d'accord pour servir de caution scientifique à cet ensemble d'affabulations ? »

Je l'avertissais avec franchise que sa réponse (ou son absence de réponse) serait utilisée dans un article à publier. Je terminais en disant que j'espérais que sa bonne foi avait été surprise.

Sa réponse fut aussi rapide que laconique. En me remerciant de lui avoir fait parvenir cet article, elle écrivait simplement :
« Je n'avais pas vu la maquette finale de cet article. Néanmoins, la petite phrase d'introduction et la partie recherche sont vraies. Le reste ne relève pas de mes dires, et n'est pas signalé comme tel. »

On pourrait s'étonner du peu de réactions de cette scientifique. On aurait pu penser qu'elle aurait sauté sur le char de Ben Hur et aurait fouetté ses chevaux pour monter à l'assaut de ceux qui l'avaient prise par surprise et lui avaient fait cautionner implicitement des médecines dont elle ne peut ignorer l'inefficacité. On aurait tort !

Nous ne supputerons pas ici de son avis personnel, mais il est évident qu'elle ne pouvait pas faire connaître un avis négatif qui serait revenu à discréditer les trois autres médecins présents dans article, sous peine de s'attirer les foudres du Conseil de l'ordre des médecins. Faut-il rappeler que le professeur Marcel Francis Khan malgré sa notoriété a reçu un blâme du conseil de l'ordre pour « manque de confraternité », car, sur les antennes de France Inter, il avait traité les homéopathes de charlatans.

Disons-le encore ici clairement . Les médecins conformément à l'article 39 de leur code de déontologie (que le Conseil de l'ordre en question laisse violer délibérément) n'ont pas le droit de proposer à leurs patients «des traitements ou des médicaments inefficaces ou insuffisamment insuffisamment éprouvés ».

Les médecines non conventionnelles au droit de cité, car chacun a droit de choisir la manière dont il désire se soigner a ses risques et périls, mais il doit pouvoir le faire en connaissance de cause sans être trompé par des médecins qui prostituent leurs diplômes par intérêt personnel et d'un Conseil de l'ordre qui se fait leur complice.

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