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Les pseudo-médecines

Lutter contre la desinformation en matière de science et presenter la réalité des principales medecines non conventionnelles

Publié le par Jean Brissonnet

C'est avec le plus grand plaisir que je relaie l'appel de Sophie Robert pour le financement participatif d'un film qui permettra, malgré la censure économique récurrente, d'informer sur la psychanalyse en France.

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La campagne de financement participatif de mon nouveau long métrage « LE PHALLUS ET LE PAS TOUT » est désormais lancée !

https://www.kisskissbankbank.com/le-phallus-et-le-pas-tout-ou-le-zizi-et-la-zezette

La vidéo de présentation du film est visible sur ce lien et vous dispensera une bonne dose de rire consterné.

Ce film d’intérêt général dédié à la théorie sexuelle des psychanalystes prolonge le travail amorcé en 2011 avec LE MUR. Il représente l’aboutissement de 5 années de combat.

Sophie Robert

« LE PHALLUS ET LE PAS TOUT »

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Publié le par Jean Brissonnet

Les députés ont voté mercredi matin en commission un amendement présenté par Madame Annie LE Houerou (députée PS) qui stipule que dans les zones denses, un jeune médecin ne pourra s'installer en étant conventionné à l'assurance maladie que lorsqu'un médecin libéral de la même zone cessera son activité.

Cet amendement est une timide avancée vers la résolution du problème des déserts médicaux

Comme on peut le voir, ceci ne résoudrait en rien le problème de fond puisque les régions sur médicalisé le restauraient et que les citoyens seraient encore très loin de disposer, quel que soit leur lieu de résidence d'un égal accès aux soins.

Avouons quand même que cette députée fait preuve d'un certain courage.

Bien entendu, le Conseil de l'Ordre des médecins a immédiatement poussé des cris d'orfraie. Il publie dans le Figaro un article dont il serait trop long de dénoncer ici toutes les contrevérités et les affirmations de défense catégorielle.

C'est pourquoi, pour ceux qui n'auraient pas mon  dernier livre ,je livre ci-dessous, avec la générosité qui me caractérise, le passage dans lequel je traitais justement le problème de la démographie médicale.

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Il existe de nombreuses classifications professionnelles. Elles prennent en compte des éléments extrêmement divers et ne permettent pas d'établir des caractéristiques claires. En fait, si l'on veut raisonner simplement, les professions se distinguent par deux facteurs : d'où vient la rémunération et où se trouve le lieu d'exercice.

En ce qui concerne la rémunération, l'ensemble des travailleurs peut être séparé en trois catégories :

- Les professionnels indépendants qui tirent leurs revenus des produits qu'ils vendent ou des services qu'ils fournissent. C'est le client qui rémunère le professionnel sur ses fonds propres. On y trouve aussi bien le charcutier, que l'avocat ou l'architecte. Le lieu d'exercice est le fruit de l'offre et de la demande. C'est ce qui explique, par exemple, la disparition des commerces de proximité dans les petits villages.

- Les salariés qui reçoivent une rémunération fournie par un employeur. C'est le cas de tous les employés de l'industrie, du commerce ou de l'agriculture. Le lieu d'exercice est tout simplement déterminé par l'endroit où le travailleur trouve un emploi conforme à sa qualification.

- Les fonctionnaires et tous ceux qui peuvent leur être assimilés, c'est-à-dire tous ceux dont les revenus proviennent d'un organisme collectif (État, collectivités territoriales, collectivités sociales). On y trouve bien entendu les militaires, les enseignants, mais aussi les pharmaciens propriétaires d'officines, dont le revenu provient des caisses de sécurité sociale ou des mutuelles. Ces travailleurs, du fait de la provenance de leurs revenus, remplissent une fonction de service public. De ce fait, le gendarme rejoint son unité sans discuter, le professeur est affecté au lycée où des élèves ont besoin de lui, quant au pharmacien, il ne peut ouvrir une officine que dans les lieux où le besoin s'en fait sentir afin d'assurer sur tout le territoire un accès égal aux produits de santé.

Dans quelle catégorie peut-on classer le médecin ? Il y a un siècle, il était incontestablement un travailleur indépendant. Il mettait ses compétences à la disposition des malades qui le rémunéraient personnellement pour ce service. Ce qui explique qu’à cette époque, beaucoup de citoyens pauvres, n'avaient que peu, ou même pas du tout, recours à ses services et que la localisation des médecins découlait (comme pour les boulangers) du jeu de l'offre et de la demande. Ce temps-là est heureusement révolu. Depuis la mise en place de la sécurité sociale et sa généralisation à l'ensemble de la population, la rémunération du médecin provient des caisses de sécurité sociale et des mutuelles (tout comme le pharmacien). On s'attendrait en échange à ce qu'il soit maintenant tenu de fournir un service public et donc d'exercer en un lieu qui permette l'accès aux soins égal pour tous les citoyens. Or il n'en est rien ! Contre toute logique, le médecin a gardé sa liberté d'installation, comme par le passé.

Face à cette anomalie, les gouvernements successifs ont tenté de restaurer le jeu de l'offre et de la demande en laissant de plus en plus de frais à la charge du patient par le biais de ce qu'ils appellent un « ticket modérateur ». Vu la modicité de cette charge pour la majorité des citoyens, le système ne fonctionne évidemment pas. Il ne pénalise que les plus modestes.

On comprend aisément que la perspective que soient mises en place, comme dans les autres pays, des « mesures contraignantes de régulation de la démographie médicale », soit mal perçue par les médecins. Est-ce une raison suffisante ? Les médecins constituent-ils une catégorie exonérée du droit commun ? Le militaire qui voit son unité affectée en Afghanistan n'obéit pas toujours de gaieté de cœur. Quant au jeune agrégé montpelliérain qui reçoit sa nomination pour Hénin-Beaumont, il est rare qu'il saute de joie.

Ajoutons que, selon certains, cette disparité dans la répartition géographique présente des effets pervers. Le jeune médecin naïf, cynique ou mal informé qui persiste à s'installer dans une ville surmédicalisée a de grandes difficultés à se créer une clientèle. Certaines mauvaises langues prétendent alors que pour y parvenir, il va parfois faire preuve d’une grande ouverture d’esprit en ce qui concerne les prescriptions de complaisance (séances de kinésithérapie, congés de maladie, cures thermales…). Nombreux sont les témoignages en ce sens, mais aucune statistique ne permet évidemment de faire la preuve d’un tel comportement. À moins bien sûr qu'ils ne se convertisse soudainement à l'homéopathie ou à la phytothérapie…

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Face à un Ordre des médecins qui s'occupe moins de déontologie que de préserver les avantages acquis et de s'opposer à toute réforme de la médecine, il existe heureusement des praticiens lucides et novateurs.

C'est pourquoi je citerai ici (comme je l'ai fait lors de ma dernière conférence), la parole du professeur Guy Valencien qui écrit  dans un article paru dans les échos le 23 octobre 2015 et intitulé « pour une autre médecine »:

«Ne nous voilons pas la face : la médecine a perdu son caractère libéral depuis que la Sécurité sociale subventionne les médecins.

Une réforme profonde des études médicales intégrant ces nouvelles pratiques est nécessaire ainsi que d'autres modes de rémunération et une concentration des professionnels regroupés dans des maisons et centres de santé....

Il est urgent d'entreprendre cette mutation pour servir les malades et les blessés qui se confient à nous ! »

 


[1] Rappelons que l'ordre national des médecins a été fondé par le régime de Vichy afin de pourchasser les médecins juifs. De nombreux médecins dénoncent son opposition systématique à toute évolution de la médecine (voir le contre ordre)

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Publié le par Jean Brissonnet

Martin Winclair vient plein de publier un nouvel ouvrage intitulé : « Les brutes en Blanc ».

Sans l'avoir lu, je peux penser qu'il s'agit d'une reprise étoffée de tous les cas de maltraitance médicale qu'il a déjà dénoncée sur son site. S'il étend sans précaution cette attitude à tous les médecins alors je suis d'accord qu'il s'agit d'une généralisation hâtive (mais cela reste à démontrer).

Le problème n'est pas de savoir si certains médecins sont immondes et si d'autres sont parfaits, mais de savoir dans quelle PROPORTION.

N'étant pas médecin, je n'ai pas comme Martin Winclair recueillis les confidences privées de ces maltraitances, mais je suis pourtant persuadé qu'elles existent et qu'elles sont nombreuses. À la fin des multiples conférences que j'ai été amené à effectuer, je suis amené à discuter avec les partisans des médecines non conventionnelles et la réponse finale que j'obtiens est toujours la même : les patients ne se tournent pas vers les médecines non conventionnelles par adhésion, ils s'y tournent par rejet du comportement des médecins de ville. Poussés dans leurs derniers retranchements leurs réponses sont toujours les mêmes : « j'en ai assez d'être reçu en 10 minutes et de partir avec une ordonnance de cinq lignes sans qu'on m'ait adressé plus de trois phrases», «J'en ai assez d'être infantilisé et de ne jamais avoir la possibilité de donner mon avis », « j'en ai assez d'être coupé au bout de quelques secondes [1] sans que l'on ait prie le temps d'entendre mes problèmes en détail », « J'ai l'impression d'être une machine qu'on emmène pour une réparation »…

Christian Lehmann, fait à Martin Winclert une réponse qui laisse très mal à l'aise. Qu'il dénonce chez son collègue une généralisation hâtive est peut-être justifiable, mais la lecture de son article laisse l'impression d'un angélisme autosatisfait totalement irréaliste. Si plus de la moitié des patients des patients se tournent chaque année vers les médecines non conventionnelles ce n'est certainement pas parce que les médecins de ville ont une altitude satisfaisante[2].

Je dis médecins de ville, car je ne confonds pas avec les médecins ou les personnels hospitaliers qui dans leur très grande majorité ont un comportement très satisfaisant de l'avis des patients. D'ailleurs pour travailler dans le secteur public lorsqu'on est médecin ou infirmier il faut être un humaniste, presque un héros, puisque l'on pourrait gagner beaucoup plus en travaillant beaucoup moins en s'installant dans le secteur privé.

Quant à dire comme le prétend Christian Lehmann que l'enseignement donné aux futurs médecins est globalement satisfaisant, c'est ignorer la réalité . Lorsqu'un professeur, lors de son premier cours de seconde année, annonce à ses élèves: « vous êtes maintenant l'élite de la nation » peut-on attendre de ceux-ci par la suite une certaine humanité. Les médecins seraient l'élite de la nation. Des professionnels au-dessus de toute critique. Des citoyens qui peuvent agir sans contrôle. Des professionnels qui peuvent accumuler les actes à la manière des stakhanovistes du passé.

C'est pourquoi je considère que face aux problèmes que connaît la médecine aujourd'hui ces chamailleries sont dérisoires!

Une réforme profonde de la médecine, de son fonctionnement et des études médicales est vitale. Les médecins doivent avoir l'obligation de pratiquer une (VRAIE) EBM ( voir ici) pour se préparer à la médecine globale que prône le professeur Guy Valencien.

Encore faudrait-il que la "noblesse de blouse" se décide à faire sa nuit du 4 août et, cessant de se considérer comme une profession libre de prescrire des granules vides, de louer des méridiens imaginaires, de pratiquer la criminelle médecine de Hamer et de servir de passerelle pour les sectes, elle accepte les mêmes obligations de service public et de contrôle que tous les fonctionnaires qui sont payés par une collectivité sociale ou nationale (ce qui est le cas des médecins).

Hélas ! Le lobby médical est surpuissant et les politiques sont impuissants, car : « on ne touche pas à une profession qui reçoit chaque jour 40 électeurs dans son cabinet [3]».

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[1] En fait, d'après une étude publiée par la société française de sémiologie et de pathologie mammaire en novembre 2005 : « le temps dédié aux consultations conventionnelles est souvent insuffisant, avec un temps moyen de sept à 13 minutes et une interruption possible du discours du patient par son médecin au bout de 18 secondes »

[2] Les chiffres fournis par les différentes études sont fluctuants et vont de 48 % à 75 %.

[3] Phrase attribuée à Konrad Adenauer.

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Publié le par Jean Brissonnet

Comme prévu, la vidéo de la table ronde de l'assemblée générale de l'AFIS a été mise en ligne avec les interventions de (dans l'ordre de prise de parole) Catherine Hill, Alain Bouguignat et Jean Brissonnet, ainsi que l'intégralité des débats qui ont suivi.

C'est ICI

À visualiser sans modération !

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Publié le par Jean Brissonnet
Publié dans : #Au fil du temps
Comme certains d'entre vous le savent certainement l'AFIS (Association Française pour l'Information Scientifique) a organisé lors de son assemblée générale du Samedi 21 mai 2016 une table ronde dont le sujet était : « La médecine basée sur les preuves : médecine scientifique et médecines non conventionnelles ». Les intervenants étaient Alain BOURGUIGNAT, médecin biologiste praticien (biochimie, immunologie, hématologie), administrateur du comité départemental 93 de la Ligue contre le Cancer, Catherine HILL, épidémiologiste et biostatisticienne, chercheuse à l’institut Gustave Roussy, ancienne membre du Conseil scientifique de l’Agence du médicament et moi-même.

Ces interventions ont été filmées et, en principe, les vidéos qui en résulteront doivent être mises par l'AFIS sur Internet. 

La mise en ligne ne saurait certes tarder , mais j'ai pensé qu'il n'était pas inutile de mettre, sous forme d'article, le contenu de mon intervention à la disposition de ceux qui sont intéressés par ce sujet. D'autant plus que cette variante offre la possibilité de mieux détailler certains points, de fournir les références indispensables et de ne pas attendre que le sujet soit trop « moisi ».

Jean Brissonnet

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Médecine basée sur les preuves :

médecine scientifique et médecines non conventionnelles.

Soigner c’est aider le sujet malade à choisir la solution qu’il juge la plus utile pour lui

Pr Claude Beraud

I) La médecine basée sur les preuves, ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas.

a) Définition

Le terme « Evidence-Based Medicine » a été inventé dans les années 1980 au Canada par Gordon Guyatt pour une pratique qui se développait depuis une dizaine d'années.

Elle s'appuie sur trois bases ( schéma ):

– l'expérience clinique du praticien.

– Les données de la recherche.

– les préférences du patient.

C'est l'intersection de ces trois éléments qui va mener à la décision clinique

La médecine basée sur les preuves : médecine scientifique et médecines non conventionnelles
b) controverses et oppositions.

Cette notion a donné lieu à de nombreuses controverses et provoquée des oppositions souvent inavouées, car:

— 1) le terme « évidence » que l'on peut traduire par « preuves » ou « faits probants » a beaucoup desservi cette notion auprès des médecins. On peut en effet croire qu'il s'agit d'une pratique médicale « scientiste » où seuls comptent les résultats scientifiques et qui nie l'expérience pratique du praticien. Ce qui entraîne de facto la crainte d'une dévalorisation de la profession.

— 2) Dans cette conception de la médecine, le médecin doit s'informer régulièrement des résultats de la recherche, ce qui suppose une consultation de données informatiques, la lecture d'articles scientifiques et sous-entend un besoin impératif de formation permanente. Beaucoup de praticiens ont pensé que cela constituait une charge matérielle difficile à assumer faute de temps.

— 3) Le fait que le patient puisse dialoguer avec le praticien et donner son avis a semblé être une mise à mal du « pouvoir médical » que critiquait il y a déjà bien longtemps Bernard Kouchner.

De ce fait, ce troisième volet a été le plus souvent ignoré.

On peut en trouver la preuve en examinant le schéma suivant qui est proposé dans un article de formation sur l'EBM dans lequel le pôle "préférences du patient", qui traduit pour celui-ci une attitude active, a été remplacé par "données du patient", qui le maintient délibérément dans un rôle de sujet passif .

La médecine basée sur les preuves : médecine scientifique et médecines non conventionnelles

Notons enfin pour mémoire que, en France, la notion d'EBM a été l'objet d'une opposition farouche des psychanalystes. On pouvait lire sous la plume de l'un d'entre eux un article intitulé : « pour en finir avec les invasions barbares de l'Evidence Based Medicine ». Heureusement, la psychanalyse est aujourd'hui clairement déconsidérée et ses praticiens les plus prudents quittent silencieusement le navire par une reconversion discrète vers des disciplines annexes (EMBR,hypnose...) souvent tout aussi critiquables.

Ainsi, l'EBM conçue pour humaniser et améliorer le fonctionnement de la médecine clinique est devenue pour certains le symbole d'une médecine déshumanisée s'appuyant uniquement et mécaniquement sur les résultats issus des bases de données de la recherche scientifique.

Cette opposition est injustifiée et préjudiciable:

Injustifiée parce que:

– La dévalorisation de la profession médicale est un fantasme que rien ne justifie. Nous verrons d'ailleurs plus loin qu'à l'opposé, le médecin généraliste deviendra sans contexte l'un des pivots de la médecine du futur.

– Le besoin de recherche documentaire est incontestablement consommateur de temps et parfois rendu difficile par l'absence de formation à ce sujet des médecins cliniciens. Encore ne faut-il pas exagérer cette contrainte, car il existe des aides de plus en plus nombreuses dans ce domaine. On ne citera pour mémoire que les synthèses de la collaboration Cochrane ou encore les sites et journaux d'EBM qui ne pourront que se multiplier si le besoin s'en fait sentir. Encore faut-il que les médecins se montrent demandeurs à ce sujet et on est en droit d'être inquiet lorsqu'on sait qu'un journal comme « Prescrire », infatigable défenseur d'une médecine scientifique, n'a qu'environ 30 000 abonnés sur les 198 000 médecins que compte la France. Il est aussi à noter que les abonnements à cette revue qui avaient augmenté au moment de l'affaire du Mediator sont actuellement en diminution de 6 %.

Préjudiciable car :

La participation du patient à l'élaboration de son traitement est un élément essentiel pour la mise en œuvre de l'effet contextuel (dit aussi effet placebo) qui est , on le sait maintenant, principalement dépendant de la relation patient praticien et peut donc parfaitement se passer "d'objet placebo" ( granules, aiguilles, cristaux, fleurs de Bach, etc...). Cette relation sera d'autant meilleure que le patient aura participé aux décisions qui le concernent.

II) Les médecines non conventionnelles.

Les médecines non conventionnelles sont variées dans leurs fondements, leurs pratiques et leurs ambitions. On en dénombre actuellement plus de 400 qui vont de l'homéopathie à la guérison par la prière en passant par l'arenotherapie[1].

Les articles concernant telles ou telles médecines non conventionnelles sont nombreux et disponibles à tous ceux qui veulent bien les consulter. Il est donc préférable de se placer globalement et de répondre à l'éternelle objection qui consiste à dire que si ces disciplines n'ont pas fait la preuve de leur efficacité, c'est parce qu'elles n'ont pas été assez étudiées.

Il est en effet possible d'opposer à cette affirmation au moins trois éléments de jugement :

– La « collaboration Cocherane » association britannique qui étudie tout ce qui est publié dans le domaine de la santé a répertorié 598 études sur les médecines non conventionnelles. Les résultats de ces études sont, soit négatifs soit présentent des conclusions du genre : « globalement, les preuves disponibles sont en faveur de XX, cependant la qualité et la quantité des preuves fournies ne suffit pas à importer une complète conviction ». En langage diplomatique, aucun résultat positif ne peut être répertorié et les seules études qui ne sont pas clairement négatives ne convaincront que les convaincus. Ce qui n'empêche pas les partisans de ces disciplines de citer régulièrement ce type de conclusions en « oubliant » les réserves présentées.

– L'étude « Alternative thérapy » a été réalisée par le « British médical association » à la demande du prince Charles. Ce dernier, grand partisan des médecines non conventionnelles, a demandé aux scientifiques d'étudier l'efficacité de ces pratiques, sans doute persuadé qu'il y trouverait une justification à ses croyances. Le professeur Capron[2], lors de son audition auprès de la commission du Sénat[3], a parfaitement résumé le résultat de ce travail : « le rapport est d'une sévérité extrême » et il a comparé le résultat de cette étude à «un champ de ruines ». L'histoire ne dit pas si le prince a cessé d'absorber des granules...

– Les études du NCCAM« Centre national pour la médecine complémentaire et alternative » au sein du « National institut of heath ».

C'est sans nul doute l'élément le plus important. Cet institut, créé sous la pression des lobbys promédecines douces [4], a dépensé en 10 ans environ 2,5 milliards de dollars et n'a pas obtenu le moindre résultat positif. Il fait l'objet d'une opposition croissante de la part des milieux scientifiques. Dans son livre publié en 2013, « Croyez - vous à la magie? » Paul A. Offit - Professeur de vaccinologie et de pédiatrie à l' Université de Pennsylvanie écrit:

"Depuis sa naissance, en 1999, les responsables NCCAM ont dépensé environ 1,6 milliard $ pour étudier les thérapies alternatives. Ils ont dépensé 374.000 $ de l' argent des contribuables pour savoir que l' inhalation de parfums de citron et de lavande ne favorise pas la cicatrisation des plaies; 390.000$ pour savoir que les anciens remèdes indiens ne contrôlent pas le diabète de type 2; 446.000$ pour trouver que les matelas magnétiques ne traitent pas l' arthrite; 283.000$ pour découvrir que les aimants ne traitent pas les migraines; 406.000$ pour déterminer que les lavements de café ne guérissent pas le cancer du pancréas et 1,8 million $ pour savoir que la prière ne guérit pas le sida ou les tumeurs du cerveau ou n'améliorent pas la guérison après une chirurgie de reconstruction mammaire."

Il est d'ailleurs à noter qu'à la suite de la mort de Steve Jobs [5], Joséphine Brings directrice du NCCAM a écrit sur son blog une mise en garde contre l'abandon des traitements conventionnels où, elle déclare concernant ces médecines : «les éléments de preuve ne sont pas là».

D'ailleurs, le NCCAM est aujourd'hui devenu Centre national pour la santé complémentaire et intégrative (NCCIH) et s'occupe moins d'apporter des preuves que de faire en sorte que ces médecines non prouvées soient malgré tout intégré dans le cadre du système de santé.

En résumé:

Une seule chose rassemble toutes les médecines non conventionnelles : aucune n'a fait la preuve de son efficacité. On pourrait donc les regrouper sous le terme de médecine non prouvée. La seule action éventuelle de ces médecines est due à l'effet contextuel (placebo). Elles n'ont donc rien à faire dans un parcours de soins, mais peuvent éventuellement s'intégrer dans un parcours de bien-être.

III)L'ambiguïté de la situation actuelle en France

Il est d'abord à noter que l'on confond trop souvent maladie et mal-être et qu'il existe une différence entre soigner et procurer du bien-être

Donnons en une illustration:

  • la crénothérapie (cures thermales) est pratiquée par les médecins, elle est prise en charge par la collectivité et prétend soigner alors qu'elle n'a jamais fait la preuve d'une efficacité spécifique.
  • La thalassothérapie ne se prétend pas une médecine, n'est pas pratiquée par des médecins et n'est pas prise en charge par la sécurité sociale. Elle ne vise qu'au bien-être des curistes et y réussit fort bien.

Pourquoi cette confusion ? Pourquoi cette différence de traitement ?

– Le poids d'un passé où l'on ne disposait pas des moyens d'évaluation moderne de l'efficacité et où la place d'une discipline se basait sur la constatation qui devait beaucoup au sophisme « Post hoc ».

– La présence depuis 1940 d'un Conseil de l'ordre des médecins (CMOM), initialement crée par le régime de Vichy pour pourchasser les médecins juifs, dont l'existence est contestée par une grande quantité de médecins [6]et qui, outre de se comporter systématiquement comme un frein à toute évolution, permet aux médecins qui le désirent (1 médecin sur 4 [7]) de violer son propre code de déontologie. La suppression du CNOM faisait d'ailleurs l'objet de la proposition numéro 85 des « 110 propositions pour la France »du candidat François Mitterrand lors de l'élection de présidentielle de 1981. Elle n'a évidemment pas été concrétisée !

Pour préciser les choses, rappelons que l'article 39 du code de déontologie médical stipule pourtant : «Les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite ». Plusieurs autres articles affichent d'ailleurs la même exigence de rigueur scientifique.

Cette mansuétude de l'Ordre pour les médecines non conventionnelles est totalement inadmissible. Celles-ci, ne doivent utiliser ni l'argent de la collectivité sociale ni le "temps de cerveau" des médecins .

VI) Une vision d'avenir.

Pour les médecines non conventionnelles.

Il ne saurait évidemment être question de lancer une chasse aux sorcières qui serait de toute façon sans espoir. Il serait injuste de jeter l'anathème sur les citoyens qui souhaitent faire confiance à ces médecines, aussi farfelues soit-elles. Les citoyens ont le droit de vivre, de mourir et de se soigner comme ils l'entendent, à condition de n'être pas trompés par l'argument d'autorité médicale. D'ailleurs, les seuls drames provoqués dans le passé par les médecines non conventionnelles sont ceux ou un médecin intervenait comme caution scientifique. Certains connaissent sans doute le cas de Nathalie de Reuck dont la mère est morte d'avoir fait confiance à trois authentiques médecins pratiquant la médecine de Hamer. Il y a malheureusement bien d'autres exemples à l'appui de cette constatation.

Les pratiques médicales non prouvées ne doivent donc faire l'objet d'aucune reconnaissance, mais pourraient parfaitement être tolérées (comme l'astrologie ou la Chiromancie), soumises à la loi commune en matière de conséquences et surveillées pour ne pas servir, comme c'est malheureusement le cas aujourd'hui trop souvent, de marchepied aux sectes.

Les patients pourraient parfaitement avoir recours aux médecines non conventionnelles, même dans le cadre des hôpitaux (les aumôniers des différentes religions sont bien admis à l'hôpital pourquoi les guérisseurs ne le seraient-ils pas? ), à condition que ce soit vraiment à la demande du patient, à ses frais et surtout que le corps médical ne serve ni d'intermédiaire ni d'acteur et surtout qu'il ne laisse jamais à penser que ces pratiques sont intégrées au protocole médical, ce qui est maintenant parfois le cas dans certains hôpitaux[8] .

Pour la médecine conventionnelle.

Pour cerner ce que devrait être la médecine du futur, le mieux est de se tourner vers un médecin qui n'a peur de passer ni pour un provocateur ni pour un révolutionnaire. Le Pr Guy Vallencien[9], chirurgien urologue, cancérologue et membre de l'Académie de médecine, dénonce "l'incroyable désorganisation de notre système de santé" et affirme que "les usagers du système [des patients aux médecins, en passant par les administrations et les organismes de l'assurance-maladie] ont perdu le sens de leurs responsabilités"[10].

Dans un article paru dans les échos le 23 octobre 2015 et intitulé « pour une autre médecine », il écrit:

L'heure est aux propositions et non plus à la résistance : le rôle et la place du médecin dans la société du XXIe siècle qui s'ouvre sont à repenser dans le cadre d'un système de santé débordant largement l'organisation des seuls soins et laissant au vestiaire nos vieux oripeaux.

1. Les malades de mieux en mieux informés et de plus en plus responsables que nous devrons systématiquement intégrer dans l'évaluation des résultats de notre pratique médicale.

2. Les technologies de l'information et du numérique, capables d'assurer nombre de diagnostics, de proposer la meilleure thérapie et éventuellement de la réaliser par elles-mêmes, en toute efficacité et sécurité. [robot opération de la prostate, anesthésie et prothèse de hanche]

3. La bascule d'une médecine uniquement centrée sur le tout-soin vers une prise en charge globale des malades....

On retrouve là le rôle du praticien, l'avancée de la recherche médicale et l'écoute du patient, ce qui rejoint ce que voulait être la médecine basée sur les preuves, dans une version francisée, modernisée et rebaptisée « médecine globale ».

Car il poursuit:

Dans ce schéma, le médecin généraliste deviendra le vrai MG (médecin global) assurant la synthèse des diverses informations émanant des spécialistes. Ce rôle de véritable intégrateur de données, de « bioconseiller » et d'homme de confiance formera le pivot d'un système sanitaire adapté à son temps.

Il ajoute quelques remarques qui ont dû donner des sueurs froides aux membres du conseil de l'ordre et aux responsables des syndicats médicaux :

Ne nous voilons pas la face : la médecine a perdu son caractère libéral depuis que la Sécurité sociale subventionne les médecins.

Une réforme profonde des études médicales intégrant ces nouvelles pratiques est nécessaire ainsi que d'autres modes de rémunération et une concentration des professionnels regroupés dans des maisons et centres de santé....

Il est urgent d'entreprendre cette mutation pour servir les malades et les blessés qui se confient à nous !

Puisse ce médecin visionnaire être entendu pas les différentes autorités qui régissent la médecine !

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[1] L'arénothérapie est la reconstitution artificielle de la psammatothérapie qui consiste pour les curistes à s'enterrer quelques minutes dans le sable très chaud des dunes du Sahara. Ce traitement est supposé être efficace contre les rhumatismes, la polyarthrite, les lombalgies, certaines maladies de peau etc..

[2] Le Pr Loïc Capron est président de la CME (commission médicale d’établissement) de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris).

[3] Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé (2013), Tome II : procès-verbaux des auditions

[4] La première incarnation du NCCAM a été crée en 1992 par le sénateur Tom Harkin qui était convaincu que le pollen d'abeille avait guéri ses allergies.

[5] Jobs était atteint d'une forme relativement rare et plus simple à traiter de tumeur du pancréas, une « tumeur neuroendocrinienne des îlots de Langerhans ». Il refuse de subir une intervention chirurgicale. Sur les conseils d'un médecin, il lui préfère un régime alimentaire végétarien strict avec une grande quantité de carottes et de jus de fruits frais, des séances d'acupuncture et divers autres remèdes à base de plantes. Neuf mois plus tard, il accepte de se faire opérer, mais il est trop tard: le foie est atteint et il mourra malgré une transplantation.

[6] À ce propos on lira avec intérêt sur le site "Le contreordre" un article publié dans sur "Rue 89" intitulé "L’ordre des médecins, verrue de la République" (http://www.contrordre.org/p/la-verrue.html)

[7] On considère que 24 000 médecins français, soit un médecin sur 4 pratiquent une médecine alternative. Même certains hôpitaux accueillent aujourd’hui ces autres médecines pour proposer une palette de soins plus complète. (Serge Blisco)

[8] L'auteur de cet article en a malheureusement été le témoin

[9] Guy Vallancien est chirurgien, membre de l’Académie Nationale de Médecine. Professeur d’urologie à l’Université Paris Descartes, spécialiste en cancérologie chirurgicale mondialement reconnu. Il a conseillé plusieurs ministres de la santé et réfléchit sur le thème de l’organisation des soins dans le cadre de la Convention on Health Analysis and Management (CHAM) qui réunit des experts et décideurs en matière de santé.

[10] La santé n'est pas un droit : Manifeste pour une autre médecine - Guy Vallancien (prologue)

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Publié le par Jean Brissonnet

Tout ce que vous devez savoir sur la grève des médecins se trouve dans un article publié sur le site du professeur Claude Béraud.

C'est ici :

http://www.claudeberaud.fr/?117-la-greve-des-medecins-leur-refus-des-reformes-indispensables-temoigne-de-leur-aveuglement-face-aux-insuffisances-evidentes-des-soins

Profitez-en pour faire la lecture de nombreux autres articles écrits par cet éminent professeur qui n'a pas peur de la vérité et fait fi du complexe de confraternité

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Publié le par Jean Brissonnet
Publié dans : #Au fil du temps

Ma boîte à lettres sur laquelle est clairement affiché que je refuse toute publicité m'a cependant livré, il y a quelques jours, un magazine évidemment gratuit, dont je dois sans doute être le destinataire du fait de mon état de retraité. Je suis donc le candidat rêvé pour cette mine d'or qui, parmi les maladies chroniques de ceux qui avancent en âge, est une pépite qui fait la fortune de bon nombre de membres du corps médical: l'arthrose.

Ce magazine intitulé « Pleine vie » annonçait à la une l'article phare de la publication : « arthrose (coût, genou), les médecines douces soulagent vraiment ! » Suivaient des sous-titres qui ne laissaient aucun doute sur les orientations de l'article : « douleurs naissantes ou chroniques, les solutions naturelles pour les oublier » et « Phyto, homéo, ostéo, thermalisme : les traitements efficaces ».

Le décor était planté.

Je feuilletais alors d'un œil serein cette publication m'attendant à y trouver les habituelles litanies et les affirmations gratuites des partisans des médecines non conventionnelles.

C'est alors que mon attention fut attirée par la colonne qui indiquait les noms et les titres des « experts » qui avaient été sollicités et parmi lesquels on pouvait trouver la professeure Martine Cohen-Solal, rhumatologue, directrice de l'unité Inserm 11-32, biologie de l'os et du cartilage, hôpital Lariboisière à Paris.

Hélas, il me fallut vite déchanter, car dans la même colonne avec le même formatage se trouvait le docteur Didier Feltesse médecin ostéopathe, le docteur Éric Lorrain ostéopathe phytothérapeute, le docteur Jean-Louis Masson homéopathe et Vincent Renard chiropracteur, porte-parole de l'association française de chiropraxie.

La lecture de l'article me fit comprendre comment il était possible de manipuler une authentique scientifique pour la faire cautionner, involontairement j'espère, les affabulations de ces croyants.

Mise à part une rapide introduction destinée à définir la maladie et un encadré qui indique les nouvelles pistes thérapeutiques, la professeure Cohen-Solal n'avait nulle part la possibilité de donner sa caution explicite aux médecines non complémentaires (dites douces) ici encensées.

Le cœur de l'article ne donnait la parole qu'aux autres « experts ». Le docteur Feltesse enfonçait une porte ouverte en rappelant que le cou est « une zone très mobile et fragile, car peu protégée », quant au docteur Lorrain lui aussi ostéopathe, il précisait que « le diagnostic ne peut être posé qu'après la radiographie ». C'est ce qui s'appelle donner un coup de pied de l'âne à tous les ostéopathes non médecins, qui eux ne peuvent pas prescrire de radiographie. Malin non ! Le phytothérapeute proposait une formule-choc composée d'« extraits fluides de plantes fraîches standardisées préparées en pharmacie », quant à l'homéopathe il nous conseillait sans honte 5 granules de radium bromatum 9 CH, une à trois fois par jour. Le thermalisme n'était pas lui non plus oublié puisqu'on y affirmait en grosses lettres son « efficacité prouvée dans la gonarthrose » et que les eaux soufrées étaient fort bénéfiques. La preuve de tout cela nous était apportée en nous priant de nous référer au site des thermes de Cauterets ou de la station thermale de Jonzac. Nul doute que l'on puisse trouver sur ces sites des références de grandes qualités publiées dans les journaux internationaux à comité de lecture et totalement indépendantes de tout intérêt économique.

Tout cela ne prêterait évidemment qu'à rire si une authentique scientifique n'était mélangée à cette soupe indigeste. Je me suis donc fait un devoir de prévenir la professeure Cohen-Solal du rang auquel elle avait été ravalée.

Je lui ai donc fait parvenir un courriel.

Après m'être présenté, j'ai écrit : « Si je vous contacte aujourd'hui, c'est que je viens de recevoir gratuitement une revue intitulée « Première vie, le magazine des couleurs du temps ». Vous trouverez en pièces jointes les pages 6 et 7 de cette revue dans laquelle vous êtes citée.

Dans ce dossier sur l'arthrose du cou et du genou suivi en gros caractères par : « les médecines douces qui vous soulagent » vous êtes citée en tant qu'experte au côté d'un médecin ostéopathe, d'un ostéopathe phytothérapeute, d'un homéopathe et d'un chiropracteur.

La lecture du dossier ne vous évoque clairement que dans son introduction dans laquelle vous êtes cités de manière irréprochable et dans un encadré intitulé « les nouvelles pistes thérapeutiques » où l'on parle de votre projet de l'équipe l'unité Inserm 11-32 de l'hôpital Lariboisière et dont le contenu est parfaitement conforme à ce que l'on attend de la médecine basée sur les preuves.

Ce qui m'amène à vous, c'est que le reste du dossier est une véritable propagande pour les médecines non conventionnelles avec comme seule référence « la chaîne thermale du soleil », « les thermes de Cauteret » et les affirmations purement gratuites et non référencées de ceux qui sont cités avec vous, à égalité, comme experts.

Ce qui me choque dans ce dossier ce n'est pas la propagande qui est faite pour ces pseudo médecines. Ce journal n'est malheureusement pas le seul à se livrer à ce genre de démagogie. Par contre, le contexte et la rédaction du dossier sont faits de telle manière que le lecteur moyen considérera que vous avez validé l'ensemble de ce dossier. Une fois de plus, ces médecines non prouvées font appel à l'argument d'autorité d'un authentique expert scientifique. Vous !

Ma question est la suivante : «Étiez-vous au courant de la manière dont était rédigé ce dossier, étiez-vous d'accord pour servir de caution scientifique à cet ensemble d'affabulations ? »

Je l'avertissais avec franchise que sa réponse (ou son absence de réponse) serait utilisée dans un article à publier. Je terminais en disant que j'espérais que sa bonne foi avait été surprise.

Sa réponse fut aussi rapide que laconique. En me remerciant de lui avoir fait parvenir cet article, elle écrivait simplement :
« Je n'avais pas vu la maquette finale de cet article. Néanmoins, la petite phrase d'introduction et la partie recherche sont vraies. Le reste ne relève pas de mes dires, et n'est pas signalé comme tel. »

On pourrait s'étonner du peu de réactions de cette scientifique. On aurait pu penser qu'elle aurait sauté sur le char de Ben Hur et aurait fouetté ses chevaux pour monter à l'assaut de ceux qui l'avaient prise par surprise et lui avaient fait cautionner implicitement des médecines dont elle ne peut ignorer l'inefficacité. On aurait tort !

Nous ne supputerons pas ici de son avis personnel, mais il est évident qu'elle ne pouvait pas faire connaître un avis négatif qui serait revenu à discréditer les trois autres médecins présents dans article, sous peine de s'attirer les foudres du Conseil de l'ordre des médecins. Faut-il rappeler que le professeur Marcel Francis Khan malgré sa notoriété a reçu un blâme du conseil de l'ordre pour « manque de confraternité », car, sur les antennes de France Inter, il avait traité les homéopathes de charlatans.

Disons-le encore ici clairement . Les médecins conformément à l'article 39 de leur code de déontologie (que le Conseil de l'ordre en question laisse violer délibérément) n'ont pas le droit de proposer à leurs patients «des traitements ou des médicaments inefficaces ou insuffisamment insuffisamment éprouvés ».

Les médecines non conventionnelles au droit de cité, car chacun a droit de choisir la manière dont il désire se soigner a ses risques et périls, mais il doit pouvoir le faire en connaissance de cause sans être trompé par des médecins qui prostituent leurs diplômes par intérêt personnel et d'un Conseil de l'ordre qui se fait leur complice.

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Publié le par Jean Brissonnet
Publié dans : #Au fil du temps

Cet article figure aussi sur mon blog Médiapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/jeanduberry/160814/le-telephone-sonne-faux

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Prévenu par un ami du passage à l'antenne, le vendredi 15 aout, d'une émission de France Inter faite « pour moi » et ayant pour titre : « Se soigner autrement » dans le cadre de l'émission « Le téléphone sonne », j'ai fait parvenir au réalisateur un courriel où j'écrivais :

« Je connais particulièrement bien le thème de ce soir. J'ai créé un site et j'ai écrit trois ouvrages sur ce sujet. Voir ici.

http://www.pseudo-medecines.org/

Je voudrais donc vous préciser certaines choses :

1) il n'y a pas de médecine non conventionnelle, douce, traditionnelle, etc. Nous sommes XXIe siècle. Il y a La médecine qui est « basée sur les preuves » (EBM) et toutes les autres disciplines qui se sont emparées du créneau tenu autrefois par le chaman, le sorcier ou le curé, mais n'ont jamais fait la preuve de leur efficacité. Or, il faut que ce soit clair, la charge de la preuve appartient à ceux qui affirment et celle-ci ne peut être acquise par le simple sophisme « post hoc ergo procter hoc ».

2) l'engouement pour les médecines non conventionnelles (qu'on devrait appeler non prouvées) résulte de la pratique contestable d'un certain nombre de membres du corps médical. De cela je pense que vous parlerez abondamment (scandales, relations avec les laboratoires, etc.) et c'est l'objet de mon troisième livre : « la médecine postmoderne prend le pouvoir ».

3) les citoyens ont parfaitement le droit de choisir la manière dont ils veulent soigner leur «bobologie». Lorsqu'ils sont atteints de maladies graves, ils se tourneront de toute façon vers la médecine basée sur les preuves.

Ce qui est totalement inadmissible, c'est que des médecins pratiquent (avec la complicité du conseil de l'ordre et l'agrément des mutuelles ) ces médecines non prouvées alors que l'article 39 de leur code de déontologie le leur interdit.

En clair :

- A la médecine ayant fait ses preuves l'exercice par les médecins et le remboursement de la collectivité (qu'elle soit sécurité sociale ou mutuelle).

- Liberté pour les citoyens de choisir des techniques sans efficacité et généralement sans danger à condition qu'ils en assurent la charge.

Ainsi : « à chacun son métier… » et nos finances seront bien gardées. »

 

Je fus appelé une demi-heure environ avant l'émission pour me proposer d'y intervenir. Il me fut bien précisé que le seul point qui les intéressaient était le premier, pas question d'évoquer le reste.

Je fus ensuite confié aux techniciens afin qu'ils assurent une connexion satisfaisante. Pour les raisons que chacun connaît, pas question d'écouter l'émission sur la radio ni sur le Web. Le problème est que les techniciens en question furent incapables de m'assurer un « retour » satisfaisant. Je ne percevais l'émission, de manière à peine audible, qu'en collant le combiné à mon oreille et en me bouchant l'autre.

Les intervenants étaient : « Le président du registre des ostéopathes de France, le vice-président du l'union française des praticiens de médecine traditionnelle chinoise, un producteur cueilleur (non, pas un chasseur-cueilleur! Voyons!) de plantes médicinales, herboriste et botaniste de terrain depuis plus de 25 ans, un rebouteux praticiens en Chi Tao Ming et un avocat ». Aucun contradicteur, aucun médecin, aucun scientifique. Tout était réuni pour une émission d'une grande objectivité.

Gilles Halais introduisit le sujet en disant que le praticien de médecine non conventionnelle est celui « qui a pris le relais quand le médecin disait: je ne peux rien pour vous ouvre » et après avoir bien précisé que « l'émission avaient été préparée par Virginie Le Duault diplômée en herboristerie ». Il crut bon de préciser pensant faire de l'humour que cela prouvait bien «qu'on n'embauche pas n'importe qui à France Inter ». Défense de rire ! Il s'avérera d'ailleurs par la suite que cette personne n'est pas diplômée en herboristerie puisque ce diplôme n'existe pas et qu'elle a simplement un « certificat d'herboristerie » dont je suis encore à me demander ce que cela peut être.

Le décor était planté pour une émission objective et équilibrée !

C'était comme si le regretté Alain Bédoué avait présenté un « téléphone sonne » sur une mesure gouvernementale en invitant exclusivement des ministres ou des responsables du parti majoritaire.

Enfin!

J'ai entendu avec beaucoup de difficultés l'intervention du premier témoin, juriste, sur le propos duquel il n'y a rien à redire .

Les intervenants firent ensuite assaut pour présenter leur discipline comme étant la plus ancienne, donc la plus valable.

Puis le réalisateur m'appela à l'antenne (Jean de Nîmes).

Je commençais à m'élever contre les propos que je venais d'entendre en disant : « ce qui m'intéresse dans ce qui vient d'être dit, c'est le fait qu'on présente un certain nombre de médecines comme étant très anciennes et parce qu'elles sont très anciennes cela constituerait une preuve . Ce n'est absolument pas une preuve: la médecine du temps de Molière est très ancienne et elle n'est absolument plus pratiquée ».

Puis je formulais les propos qu'on attendait de moi : « Il n'y a pas 36 médecines il y a une seule médecine c'est La "médecine basée sur les preuves" qui s'appuie sur des publications, des preuves très difficiles à obtenir ». Je me préparais à indiquer que les médecines non conventionnelles ne répondaient pas à ces critères, mais c'est alors que je perçus dans le combiné le bip bip bip caractéristique d'une ligne coupée.

Je ne ferai pas au réalisateur le procès d'avoir voulu arrêter net mes propos iconoclastes, car il n'est pas exclu qu'à force d'appuyer le combiné sur mon oreille j'aie malgré moi déclenché une touche comme le prétendit alors l'animateur. Pour autant, on ne me rappela pas !!!

Je ne pus donc pas rester en ligne ni demander à intervenir à nouveau et c'est pourquoi après avoir écouté l'émission en podcast, je vais vous fournir ici l'énoncé de quelques contrevérités qui furent formulées à partir de cet instant et des réponses que j'aurais pu (ou du) y apporter.

Gilles Halais répondit d'abord à mon affirmation sur la preuve par l'objection habituelle (je cite): « La difficulté est que les laboratoires pharmaceutiques vont pouvoir investir des dizaines de millions d'euros pour prouver l'efficacité d'un médicament. Pour une médecine parallèle ou complémentaire la difficulté c'est de prouver son efficacité parce qu'elle place l'individualité du patient au cœur de sa démarche ».

Disons d'abord que « placer l'individualité du patient au cœur de sa démarche » est une phrase passe-partout qui ne signifie rigoureusement rien. Tous les médecins placent le patient au cœur de leur démarche, mais tous ne savent pas établir avec celui-ci une relation qui soit favorable à la guérison. C'est vrai pour les médecins, c'est vrai aussi pour ceux qui pratiquent des médecines fantaisistes.

Je dois par contre répondre longuement à l'objection selon laquelle les médecines non conventionnelles n'ont pas été assez étudiées pour des questions financières et que c'est pour cela qu'elles n'ont pas pu apporter des preuves de leur efficacité.

Voici ce que j'ai dit à ce sujet, lors d'une communication présentée le vendredi 15 novembre 2013 lors du séminaire annuel des commissions de travail en éthique médicale sur le thème: « mensonges et vérité, éthique et pratique de soins ». Espace étique européen UMR 72 68 – APE S

Le fait que les médecines non conventionnelles n'aient pas été assez étudiées est une objection qui justifie toutes les dérives et permet en particulier l'introduction des médecines non conventionnelles dans les milieux hospitaliers. Il importe donc de se pencher sérieusement sur cette affirmation.

Nous ne parlerons pas ici de l'homéopathie dont les bases sont une insulte à la science et dont les multiples études (biaisées ou sans résultat) ont été résumées dans une méta-analyse publiée en 2005 par le journal The Lancet. À cette occasion la rédaction pouvait écrire : « Désormais, les médecins doivent faire preuve d’audace et être honnêtes avec leurs patients sur le manque d’effets de l’homéopathie... ».

Plaçons-nous donc sur l'ensemble des médecines non conventionnelles :

  • La « Collaboration Cochrane », organisation anglaise qui rassemble tout ce qui a été publié sur des sujets scientifiques, a répertorié 598 études portant sur les médecines complémentaires. Aucune de ces études ne présente un résultat positif.
  • Un rapport, intitulé « Alternative thérapy », a été réalisé par la "British médical association" à la demande du prince Charles grand partisan de ces médecines. Le professeur Capron, lors de son audition auprès de la commission du Sénat, a parfaitement résumé le résultat de ce travail : « le rapport est d'une sévérité extrême. Il est parfaitement rédigé et ne laisse place qu'à quelques rares ilots au milieu d'un champ de ruines ».
  • L'élément le plus important est certainement la présence aux États-Unis d'un « Centre national pour la médecine complémentaire et alternative » (NCCAM) au sein du « National institut of heath ». Cet institut, qui a dépensé en 10 ans environ 2,5 milliards de dollars, n'a pas obtenu le moindre résultat positif. Au point que sont nombreuses les voix qui s'élèvent pour sa suppression. Ainsi un article s'intitulait : « Lorsque 2,5 milliards de dollars ne peuvent pas acheter les résultats que vous souhaitez… », et un autre proposait avec humour de « placer le centre sur orbite. C'est la seule manière d'être sûr d'en être débarrassé ». D'ailleurs, Joséphine Brings la propre directrice du NCCAM a écrit sur son blog une mise en garde ou elle déclare : « pour dire les choses clairement, il n'y a pas de preuve »

En résumé, il faut tordre le cou à cette contrevérité et savoir que les médecines non conventionnelles ont été largement étudiées, mais qu'aucune preuve certaine de leur efficacité n'a pu être mise en évidence.

Il est bien évident que ce type de réponse n'était pas du tout attendu dans le cadre de l'émission telle quelle avait été conçue.

L'émission se poursuivit alors et je dois dire honnêtement que les invités firent preuve d'une grande modestie et d'une relative objectivité.

Chacun s'efforça de vendre sa marchandise (ils étaient là pour cela!) et certains montrèrent même de l'embarras à se justifier en certaines occasions.

On eut droit au bla-bla-bla habituel sur les énergies (lesquelles?), l'individualisation , la médecine qui a des recettes standardisées alors que les médecines non conventionnelles se concentrent sur la personne (encore heureux ! ). On fit voltiger des mots chinois et l'on invoqua le Qi et le Chi. On fit appel aux arts martiaux et on insista sur le sérieux des formations.

Suite à l'interpellation d'une patiente qui affirmait par courriel qu' elle connaissait quelqu'un qui pratiquait « les médecines holistiques après deux mois de stage », on glissa subrepticement par un habile détournement d'attention sur l'importance de la déontologie,

Par contre,il fut regretté, et je partage totalement cette opinion que le diplôme d'herboristerie ait été supprimé. L'existence d'une herboristerie locale (j'ai bien dit locale) donnerait sans nul doute satisfaction à ceux qui recherchent une médecine familiale ce qui éviterait bien souvent le recourt à un médecin souvent tenté de prescrire plus vite que son ombre. L'homéopathie a remplacé l'herboristerie par un manque d'information des citoyens qui seraient sans nul doute furieux s'ils savaient ce que représente vraiment une dilution de 30 CH. Les tisanes de queue de cerise ou de menthe poivrée n'ont jamais fait de mal à personne. Elles satisfont le besoin de naturel qui se manifeste actuellement dans la population et elles contiennent, elles, des produits en dose pondérale. Les pharmaciens qui ont fait pression sur le pouvoir de l'époque pour mettre la main sur l'herboristerie devraient faire aujourd'hui amende honorable. De vraies plantes modestement vendues pour quelques euros dans un brave sachet sans prétention seraient préférables à des gélules hors de prix vendues en pharmacie.

Suite à la question d'une auditrice, on s'interrogea sur ce qui motive les mutuelles à rembourser les pratiques de médecines complémentaires. Le juriste répondit, fort à propos, que c'est leur intérêt, car elles ont abaissé les seuils de remboursement des médecines conventionnelles et augmentées ceux des médecines douces. L'animateur ne crut pas bon de s'élever vivement contre cette hérésie ni de préciser que les mutuelles ne sont le plus souvent que des entreprises commerciales dont le but est de « piquer » les clients de la voisine. Le remboursement des médecines non conventionnelles est dans ce but un simple argument commercial.

Un auditeur cru bon d'insister sur le fait que ces médecines ne sont pas sans effets secondaires et il cita à ce propos l'utilisation des huiles essentielles. Aucune réponse ne lui fut clairement fournie et l'on glissa vers la garantie d'expérience et de compétences que fournissaient certaines organisations qui garantissent le « sérieux de leur formation » tout en précisant bien qu'elles ne « mesurent pas la compétence ».

Lorsqu'il fut demandé comment ces praticiens pouvaient assurer aux patients l'efficacité de leurs pratiques, le praticien des énergies, ancien éducateur spécialisé, sophrologue et énergéticien avoua honnêtement qu'il devait se contenter du « retour des personnes » . Il est probable que ce brave homme ignore tout du « sophisme post hoc » et de « la dissonance cognitive ». Si j'avais son adresse, je lui ferais parvenir gracieusement mon second livre « les médecines non conventionnelles ou les raisons d'une croyance » qui lui apprendrait sans doute pas mal de choses.

Gilles Halais visiblement imbibé de psychanalyse tenta une approche lacanienne : « est-ce que ces médecines douces établissent un lien entre la vie du patient et les événements de sa vie, finalement les mots M.A.U.X prennent leur sens ». Il se fit sévèrement tacler par l'ostéopathe qui lui répondit : « ce n'est pas trop le sujet en ostéopathie ». Et notre animateur de rengainer ses jeux de mots.

L'émission se termina sur le témoignage d'une auditrice, avec laquelle je compatis pleinement et qui nous indiqua que « depuis 40 ans » elle avait (je cite) « opté pour l'ostéopathie : je suis allé consulter une homéopathe naturopathie dont le mari est ostéopathe et pratiquant de médecine chinoise ». Là c'était vraiment la totale ! On comprend comment ce copinage des différents praticiens peut accroître le développement de ces supposées médecines. Hélas pour elle, cette brave dame nous indiqua que malgré cela elle n'était pas vraiment tirée d'affaire, mais elle crut bon d'ajouter le témoignage de son chat, dont elle se fit la porte-parole, à qui elle avait fait prendre « le même circuit » et qui allait très bien « grâce à cela ». Je tiens à la rassurer : le chat de mon voisin n'a pas recours aux médecines non conventionnelles et malgré cela, lui aussi va très bien.

 

Le pire dans tout cela c'est que les intervenants qui avaient quelque chose à gagner se sont montrés plutôt honnêtes, plus mesurés et finalement plus honorables que l'organisateur d'une émission du service public délibérément biaisée. Service public dont le but, me semble-t-il, devrait être de fournir aux citoyens une information rigoureuse et non de le soumettre à une honteuse désinformation.

Je viens de constater avec plaisir que de nombreuses réactions publiées sur le site de l'émission vont dans le même sens.

En avril 2013 le site énergies-crise.fr publiait un article intitulé « l'honneur perdu de Gilles Halais » ou il stigmatisait l'arrogance et le manque de professionnalisme de cinq journalismes de France info (dont l'intéressé). Je n'irai pas jusque-là. Le responsable de cette émission a simplement fait preuve, comme je viens de vous le prouver, d'incompétence en matière de science, de manque d'impartialité et de démagogie.

La routine quoi !

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Publié le par Jean Brissonnet
Publié dans : #Au fil du temps

Cet aphorisme politique attribué pour la première fois à Henri Queuille a été publiquement repris depuis par Charles Pasqua et Jacques Chirac.

Il aurait pu l'être par François Mitterrand (proposition 85 : le conseil de l'ordre des médecins sera supprimé ) et pourrait l'être aujourd'hui par l'actuel président de la République François Hollande (engagement 21 sur la fin de vie).

Les hommes politiques se suivent et se ressemblent…

Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent

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Publié le par Jean Brissonnet
Publié dans : #Au fil du temps

Lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux problèmes des médecines non conventionnelles, il y a fort longtemps (20 ou 25 ans, je préfère ne pas mesurer avec exactitude), il fallait ferrailler ferme avec les partisans des médecines qui alors se drapaient du terme de : « douce , complémentaires, etc., etc. »

Il fallait expliquer les habituels sophismes (post hoc, corrélation causalité…) et faire œuvre pédagogique. Ce que je fis de mon mieux dans un livre intitulé : «Les médecines non conventionnelles ou les raisons d'une croyance».

Puis, le temps passant, la constatation, à peu près unanime, que toutes les études présentées comme favorables à ces médecines et tout particulièrement à l'homéopathie sont, soit biaisées, soit méthodologiquement lamentables et qu'elles pousseraient le moindre thésard à se couvrir la tête de cendres, le ton a changé.

Il n'y a plus guère que ceux qui en profitent pour défendre l'homéopathie.

Le coup de grâce (c'est ce que je croyais) a été asséné lorsque le plus grand journal médical international à comité de lecture The Lancet a publié une méta-analyse à propos de laquelle la rédaction du journal pouvait écrire :

«L’heure n’est probablement plus à des études ponctuelles, des rapports biaisés ou à la poursuite de recherches pour perpétuer le débat entre homéopathie et allopathie. Désormais, les médecins doivent faire preuve d’audace et être honnêtes avec leurs patients sur le manque d’effets de l’homéopathie, ainsi qu’avec eux-mêmes sur les échecs de la médecine moderne, pour répondre à l’attente des malades en matière de soins personnalisés. »

Dans ma grande naïveté, je pensais que le débat était clos.

D'ailleurs même dans ses plus récentes dérives, l'Académie de Médecine n'ose plus prononcer le mot "homéopathie" de peur de se couvrir complètement de ridicule (il faut dire qu'ils ont déjà pour ce faire la présence du professeur Montagnier).

Et pourtant! Différents pays dépensent encore de l'argent pour prouver ou infirmer des évidences.

The Australian National Heath and Medical Research Council (NHMRC) est : (je cite) « le principal organe d'experts de l'Australie pour promouvoir le développement et le maintien des normes de santé publique et individuelle ». Il s'appuie « sur les ressources de toutes les composantes du système de santé, y compris les gouvernements, les médecins, les infirmières et les professionnels paramédicaux, chercheurs, enseignement et recherche, les gestionnaires de programmes publics et privés, les administrateurs des services des organismes de santé communautaire, les chercheurs et les consommateurs de santé sociale ». On s'étonne que les « techniciens de surface » de cet organisme n'aient pas été explicitement cités…

Le NHMRC ne fait pas de recherche primaire, il se contente d'examiner les études existantes et, il faut bien l'avouer, avec un niveau de très grande qualité et de très grandes exigences.

Eh bien, croyez-le ou non le NHMRC a entrepris une étude publiée le 2 juin 2014 pour répondre à la question : « l'homéopathie est-elle un traitement efficace si on la compare à l'absence d'homéopathie ou à d'autres traitements ».

Nous aurions pu bien évidemment lui fournir la réponse, mais il faut croire que certains pays disposent de crédits inemployés qu'il faut liquider derechef, à l'instar des militaires qui font voler les avions pour dépenser l'essence qu'ils ont en trop

Pour prévenir toute contestation, ils se sont assuré (pour valider la méthodologie de l'étude) la participation de quelques sommités qui, de notoriété publique, font preuve d'une très grande largeur d'esprit vis-à-vis des médecines non conventionnelles. Mieux vaut prévenir que guérir !

Le NHMRC s'est efforcé de tout passer en revue. Plus de 68 conditions dans lequel les produits homéopathiques sont commercialisés (asthme, grippe…) ont été étudiées. Il n'y manque que les soins à donner aux victimes de la chute d'un satellite ou à ceux qui ont fait une tentative de suicide en se jetant sous un TGV !

Nous apprenons sans étonnement que la conclusion qui est sortie de ce travail est que les études homéopathiques ne sont pas de bonne qualité, conçues avec insuffisamment de participants et que l'homéopathie n'a pas causé d'amélioration supérieure à celle d'une substance sans effet (placebo) ou à celle d'un autre traitement.

En bon sceptique, on se dit évidemment que ce genre de rapport, comme tous ceux qui l'ont précédé, n'aura aucun impact sur l'utilisation des traitements « bidon ».

Peut-être a-t-on tort, car on apprend dans un rapport effectué par la Chambre des communes au Royaume-Uni qu'un hôpital homéopathique sur les quatre existants vient de fermer ses portes et que les dépenses de produits homéopathiques sont en déclin.

Et la France ? Parmi tous les pays du monde, devrons-nous chanter, parodiant Edie Mitchell, « et s'il n'en reste qu'un [pays croyant à l'homéopathie] serons-nous celui-là ?»

* http://consultations.nhmrc.gov.au/public_consultations/homeopathy_health

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